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Evidemment, qui dit Social Distortion dit Mike Ness, le charismatique fondateur du groupe et son principal compositeur. Sauf que le groupe n’a pas sorti d’album depuis 2011 et n’a pas d’actualité particulière. Donc nous avons profité de la venue en Suisse du groupe pour nous entretenir avec le guitariste Jonny ‘Two Bags’ Wickersham qui, lui, a une actualité plus récente puisqu’il a sorti son premier album solo en 2014. Et au vu de la qualité de cet opus, il aurait été criminel de ne pas offrir une tribune au sympathique californien.

 

Bon, évidemment, première question : quelles sont les nouvelles du côté de Social Distortion ? Un nouvel album est-il dans le pipeline ?
Jonny Two Bags : Oh mec… on n’a même pas commencé à bosser dessus ! Mais on a quelques idées qu’on développe lors des soundchecks ou des répétitions. Et bien sûr Mike est toujours en train d’écrire des chansons. Tout comme moi. Mais on n’a pas le projet immédiat d’entrer en studio. Ceci dit, je pense que ça devrait être le cas d’ici une année, une année et demie.

 

Mike avait parlé d’un album acoustique, qu’en est-il ?
Ca fait un moment qu’on parle de ça, oui. Et je sais qu’on finira par le faire parce qu’on est tous très excités par cette idée, et en particulier par le fait de retravailler de vieilles chansons avec une nouvelle approche.

 

Depuis les débuts du groupe, tu es quasiment  le premier membre à qui Mike propose de composer avec lui… Est-ce qu’il t’a expliqué pourquoi il t’a choisi toi ?
En fait, je me souviens qu’avant même que je fasse partie du groupe, nous discutions déjà de ça au téléphone avec Mike, car il savait que j’écrivais des chansons et il était curieux de voir quelle pourrait être ma contribution. Et je crois que Mike est ouvert à ça, de façon générale. D’ailleurs, aux débuts du groupe, il a écrit des chansons avec Dennis (Dannell, guitariste et co-fondateur du groupe, décédé en 2000, ndlr). Mais je pense qu’avec le temps, peut-être que les autres ont perdu l’envie d’écrire et ont tout laissé reposer sur Mike.

 

Que penses-tu avoir apporté à Social Distortion, au niveau des chansons que tu as co-écrites ?
Je ne sais pas trop. Peut-être une partie de mon style, mais en même temps, tu dois comprendre que j’ai aussi développé ce style grâce à Social Distortion car c’est un groupe que j’ai toujours adoré… (rires) Mais je comprends ce qui est nécessaire pour Social Distortion : je l’ai su dès que j’ai intégré le groupe, et même avant cela. Je sais ce que Mike veut, ce dont il a besoin et ce qui fonctionne.

 

Donc tu t’adaptes…
Oui, mais j’essaie aussi de repousser les limites. Un bon exemple est la chanson ‘Faithless’ sur l’album ‘Sex, Love and Rock ‘n’ Roll’, qui est atypique pour Social D : c’est une chanson que j’ai amenée quasiment terminée et sur laquelle Mike a repris les arrangements et écrit ses propres couplets. Certains fans de Social D l’apprécient et d’autres certainement moins, car elle est différente.

 

Justement, venons-en à ton album solo… qui est précisément très différent du son de Social Distortion. Est-ce que Mike a été surpris à son écoute ?
Je ne sais pas s’il a été surpris… Mais je crois qu’il l’apprécie ! (rires) En tout cas, il m’a beaucoup soutenu. C’est la deuxième tournée où on ouvre pour Social D avec mon groupe solo. On a commencé il y a quelques mois aux Etats-Unis, et maintenant on continue en Europe.

 

En tout cas c’est un album fantastique. Est-ce que tu es satisfait des réactions des gens à son égard ?
Oui. Je sais que beaucoup de gens sont surpris à son écoute et je suis moi-même surpris parfois de voir que certaines personnes l’apprécient alors que je pensais que ce ne serait pas leur tasse de thé… Mais les critiques et les réactions dans la presse ont toutes été positives…

 

Est-ce que c’est différent de lire les critiques de son album solo, plutôt que celles des albums de Social Distortion ?
Oui, c’est effrayant. Ca l’est moins maintenant car je m’y suis habitué, mais au début je me suis préparé à encaisser car je savais que mon album sonnait très différemment de Social D et je ne savais pas si les fans du groupe allaient l’aimer ou peut-être être agressifs à son encontre. Mais jusqu’ici tout va bien, je suis heureux ! (rires)

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Cet album est paru il y a quasiment une année jour pour jour. Comment le perçois-tu avec cette année de recul ?
Pour la plus grande partie, j’en suis encore très satisfait. J’espère juste chanter un petit peu mieux sur le prochain album, parce que c’était la première fois que je chantais. Même si j’ai écrit des chansons toute ma vie, c’était toujours en sachant que quelqu’un d’autre allait les chanter : j’écrivais les accords, les paroles, les mélodies puis je les soumettais à mon chanteur…

 

Ton album ne sonne pas du tout comme Social Distortion ou Cadillac Tramps, ce laisse à penser que tu avais en toi autre chose à exprimer : pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour le faire ?
Je n’étais pas prêt. Je n’avais pas la confiance nécessaire. Je savais que je pouvais écrire des bonnes chansons et que j’étais un guitariste passable, mais je n’osais franchir le pas. Et c’est mon vieil ami David Kalish – qui m’accompagne en tournée actuellement au piano et qui a également coproduit l’album – qui m’a finalement convaincu. En fait, je ne cherchais pas forcément à ce que ce soit un effort ‘solo’, mais je voulais avoir mon propre groupe pour ne pas avoir à faire de compromis. Ca a commencé avec un de mes batteurs préférés, Pete Thomas, qui fait partie du groupe d’Elvis Costello. C’est une de mes idoles et il se trouve que Dave (Kalish) le connaît et qu’il m’a dit qu’il serait d’accord d’enregistrer une chanson avec moi. Je n’allais pas rater une telle occasion et on a enregistré la première chanson, ‘One Foot In The Gutter’. Puis on a continué avec d’autres chansons petit à petit, quand j’avais le temps en-dehors de Social D. Je savais que je voulais ce son americana, sorte de mélange de country, de folk et de rock. Non seulement parce que j’aime ce genre de musique, mais également parce que ma voix se prête bien à ce type de chansons. Je ne voulais pas que mon album soit du Social Distortion (ou US Bombs ou Cadillac Tramps) chanté par quelqu’un d’autre. Je voulais qu’il me soit propre.

 

J’imagine qu’avec toutes les critiques positives que cet album a récoltées, tu as désormais suffisamment confiance en toi pour te lancer dans un second album solo…
Oui, définitivement ! (rires)

 

Un mot sur la couverture de ton album, maintenant. Car à mon sens, elle incarne très bien son contenu, avec d’un côté une musique lumineuse et joyeuse (représentée par le soleil) et, de l’autre côté, des paroles beaucoup moins gaies (représentées par la ville et ses bâtiments un peu abîmés)…
D’une certaine façon, oui. J’ai juste eu le sentiment que cette image d’une ville de Californie du Sud me représentait. Je vois dans cette image l’endroit où j’ai grandi, où je faisais du skate en écoutant du punk rock, tout en étant profondément influencé par la culture hispaniques, à commencer par ma façon de m’habiller. C’est d’ailleurs aussi dans les quartiers hispaniques que j’allais chercher de la drogue – et des ennuis –, ce qui a également débouché sur de la prison… C’était mon style de vie et je le retrouve dans ce motif. C’est un bon ami à moi, avec qui j’ai grandi, qui l’a dessiné.

 

Un petit mot sur le groupe ‘Cadillac Tramps’ qui, malgré un statut culte sur Los Angeles, n’est pas très connu en Europe il me semble : est-tu toujours impliqué dedans ?
En effet, nous ne sommes jamais venus en Europe… Mais oui, je suis toujours impliqué. Le groupe s’est initialement séparé au milieu des années nonante, après neuf ans d’existence et trois albums. J’ai ensuite joué avec Youth Brigade et les US Bombs, puis les gars de Cadillac Tramps m’ont demandé de revenir mais j’ai refusé : j’étais encore en colère à cause de la séparation et ils voulaient alors se réunir pour de mauvaises raisons, en particulier parce que leurs autres projets n’avaient pas fonctionné… Bien sûr, je savais que la situation avec les US Bombs était précaire, car Duane Peters, le leader du groupe, est imprévisible. Mais ce groupe est authentique : ce sont des vrais rockers et ils jouent pour les bonnes raisons. Puis le temps s’est écoulé et beaucoup de choses se sont passées du côté des Cadillac Tramps et on s’est remis à jouer ensemble au fil du temps, car nous avons des liens très solides malgré tout. Mais la santé de notre chanteur, Mike ‘Gabby’ Gaborno, s’est grandement détériorée et je ne pense pas qu’on va un jour repartir en tournée. Je ne sais pas non plus si on enregistrera un nouvel album. Mais on a du plaisir à jouer ensemble. Et actuellement nous sommes en train de réenregistrer certaines de nos anciennes chansons, car nous ne sommes pas propriétaires des masters… et nous ne savons d’ailleurs même pas où sont ces bandes ! (rires) Donc nous réenregistrons nos meilleures chansons en ce moment. Et nous avons aussi quelqu’un qui bosse sur un documentaire sur l’histoire du groupe…

 

Précisément, c’est en préparant l’interview que j’ai découvert les Cadillac Tramps et, à travers la bande annonce de ce documentaire, que vous bénéficiez d’une sorte de statut culte à Los Angeles…
Oui, beaucoup de monde pensait qu’on réussirait, mais ça ne s’est pas donné. On a eu un certain succès, mais on n’a pas réellement percé. On a splitté trop tôt. On était très populaire sur toute la côte ouest des Etats-Unis jusqu’au Canada et, dans cette région, on jouait dans les mêmes endroits où Social Distortion joue. Dans le reste du pays, notre succès était cependant moindre.

 

Si tu pouvais revenir dans le temps et te donner un conseil à toi-même quand tu avais vingt ans, que te dirais-tu ?
Je me conseillerais de rejoindre un groupe de reprises. C’est d’ailleurs un conseil que j’ai reçu à peu près à cette époque par un ami qui était réparateur de guitares au magasin de musique où j’habitais. C’est un joueur de blues et c’est toujours mon pote aujourd’hui. Un jour où je faisais réparer ma guitare, on s’est mis à parler et il m’a dit ‘Jonny, si tu veux devenir un vraiment bon guitariste, tu devrais jouer dans un groupe de reprises’. Et je ne lui ai rien dit sur le moment, mais je me souviens très bien de ce que j’ai pensé : ‘Pfff, un groupe de reprise… Je ne fais pas ce genre de trucs…’

 

Et tu penses que tu aurais dû le faire…
Oui, car ça te fait vraiment progresser en tant que musicien. Tu développes une capacité innée à t’adapter à tout. Tu peux ensuite monter sur une scène comme invité avec n’importe qui et t’en sortir même si tu ne connais pas la chanson. Et c’est une expérience que j’ai ratée, tout comme beaucoup de mes amis dans le milieu punk rock. Nous pensions que ce n’était pas cool de faire partie d’un groupe de reprises. On en rigole d’ailleurs aujourd’hui avec un pote qui s’appelle Todd Youth (Murphy’s Law, Danzig, The Chelsea Smiles, ndlr) en disant qu’on essaie désormais de réparer les dommages causés par le punk en bossant dur et en se mettant dans des situations qu’on n’a pas encore vécues afin de s’améliorer en tant que musiciens… (rires)

 

Et si le mec que tu étais à vingt ans voyait ce qu’il est devenu aujourd’hui, serait-il fier ?
Je pense. Parce que j’ai eu la chance de vivre beaucoup de très bonnes expériences. Pour être totalement honnête, d’un certain côté, j’avais certainement des attentes beaucoup plus élevées sur certains points mais, de l’autre côté, je n’aurais jamais pensé que tout ce que je vis actuellement se réaliserait un jour pour moi… Avec le temps, j’ai mûri et j’ai appris que tout ne se passe pas comme on l’avait prévu et qu’il faut savoir apprécier ce qu’on a. Et j’ai beaucoup.

 

Et si tu pouvais changer une chose dans ta carrière, ce serait quoi ?
C’est une bonne question… Je pense que j’aurais voulu avoir le courage de venir avec le type de musique de mon album solo plus tôt dans ma carrière. Mais bon, qui sait, si j’avais sorti un album solo avant, peut-être que je n’aurais pas eu la chance de jouer avec Social Distortion, qui est l’un de mes groupes préférés de tous les temps.

 

Enfin, quelle est ta définition du succès ?
Et bien, il n’y a qu’une seule définition du succès et tout le monde devrait la connaître : c’est d’être heureux et en accord avec soi-même.

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Gilles Simon Photographies