Lorsque nous avons décidé d’écrire un article sur Koot pour notre rubrique ‘Cover Stories’, nous nous sommes étonnamment retrouvés confrontés à un obstacle de taille : bien que cet artiste ait créé certaines des pochettes d’albums les plus réussies de ces dernières années, il s’est avéré qu’il était complètement absent du web et qu’il était même impossible de trouver une quelconque information à son sujet. Il ne nous restait donc qu’une seule solution : le retrouver et lui poser directement nos questions. Nous remercions donc celles et ceux qui ont pris part à cette traque et nous ont permis de finalement remonter jusqu’à lui (Farida, Stuart, Frode, Mike, Jo, Christa, Lisa, pour ne pas les citer). Et nous remercions bien sûr Koot lui-même, qui s’est avéré être extrêmement disponible et sympathique, ainsi que très prolixe dans ses réponses. Du coup, plutôt que de nous contenter d’un court article pour la rubrique ‘Cover Stories’, nous avons décidé de publier également l’intégralité de l’interview de Koot. En effet, l’homme est tellement rare dans les media que nous aurions commis une faute professionnelle grave si nous avions passé sous silence cette montagne d’informations le concernant ! Partons donc à la découverte d’un artiste aussi talentueux que mystérieux : Koot.


Commençons par les présentations, car Koot est évidemment un surnom : quel est ton véritable nom ?

Koot : Mon nom est Rod Chambers. Mais Koot est mon nom pour presque tous les gens que je connais. J’ai été appelé comme ça depuis que j’étais enfant, bien qu’à l’origine c’était écrit comme l’oiseau (‘Coot’) (‘Foulque’, en français, NDR). C’est venu du fait que j’aimais observer les oiseaux – et parce que nous avons tous les deux des grands pieds. J’ai remplacé volontairement le C par un K vers quatorze ans. Je le sais parce qu’à l’époque j’ai peint des pochettes de disques de Roger Dean (j’en parlerai encore plus loin, en abordant mes influences) sur le mur d’un ami d’école et l’une était signée Coot et l’autre Koot.


Où es-tu né et où as-tu grandi ?

Je suis né à Wellingborough au cœur de l’Angleterre en 1957 et j’ai vécu dans un quartier de classe ouvrière. C’était formidable, étant enfant, de vivre à proximité de parcelles abandonnées et de pouvoir aller y observer la vie sauvage. Car j’ai toujours été fou des animaux et des oiseaux en particulier (j’ai même gardé une pie blessée pendant une année, jusqu’à ce qu’elle essaie de s’envoler de mon épaule et soit mordue par un chien). Mais tout cela a tourné au cauchemar quand j’ai eu environ treize ans : à ce moment-là, ils ont étendu les constructions dans la campagne et les ont remplies de londoniens qui ne se sont pas bien intégrés. C’était le temps des skinheads originaux et, alors que ma puberté frappait à la porte, eux me frappaient tout court. Je m’apprêtais à me faire bastonner à nouveau par un gang (j’avais un job à temps partiel dans leur quartier), quand l’un d’eux a remarqué que j’avais fait des dessins. Il est alors parti et est revenu avec une bouteille d’encre de Chine et une aiguille et m’a ordonné de lui tatouer quelque chose sur le bras. J’ai fini par tatouer tout le gang – des tatouages pour certains vraiment mauvais, d’autres moins ratés, avec des cœurs, des noms de filles, etc. – et au final nous étions tous contents : ils avaient leurs tatouages faits à l’arrache et j’ai évité les problèmes avec eux, devenant même ami avec certains. Résultat, à l’âge de 16 ans, j’étais impliqué dans les tatouages et la culture de gang.


As-tu toujours été attiré par les arts graphiques ?

Toujours. J’ai gagné le prix d’art junior à l’école à 13 ans, avant qu’ils m’excluent à l’âge de 15 ans pour être un ‘enfant non coopératif qui ne montre aucune envie d’apprendre’. Ils avaient tort : je voulais apprendre, mais je trouvais beaucoup d’enseignants hypocrites et beaucoup de sujets irrelevants. C’était une époque de rebellion et je m’intéressais aux festivals de rock, à Oz magazine et aux modes vies alternatifs hippies. La réalité de Wellingborough se limitait cependant à un job dans l’industrie de la chaussure ou chez Weetabix – j’ai d’ailleurs travaillé dans les deux usines. J’ai alors commencé à travailler à l’aérographe sur des capots de voitures et des réservoirs de motos pour exprimer mon art. Mon père était ingénieur et avait reçu un vieux compresseur et une paire d’aérographes de la part d’un photographe qui n’en avait plus besoin depuis que la photographie couleur avait rendu obsolète les photos colorisées à la main. J’ai donc pris ce matériel et je me suis mis à peindre tout ce que je trouvais. J’ai également peint des panneaux de signalisation et fait de la pose de feuilles d’or pour gagner ma croûte. C’est à cette période que mon amour pour l’art ‘lowbrow’ est né. J’étais aussi tombé amoureux de l’art des couvertures de disques, qui avaient été d’une si grande influence pour moi, et j’étais alors déterminé à faire une pochette un jour.


As-tu fait des études d’art ? Si oui, où ?

J’avais vingt-quatre ans et j’étais lassé des jobs sans avenir. Une petite amie a suggéré que je fasse une école d’art. J’ai alors suivi des cours puis je suis allé au Bradford Art College pour y étudier pendant trois ans. Puis, beaucoup plus tard, à l’approche de la cinquantaine, j’ai accidentellement obtenu un master en philosophie et histoire de la sculpture. Cela m’a été proposé après que j’aie accompagné un ami à des conférences de sculpteurs au Henry Moore Institute à Leeds. On finissait toujours au pub à discuter et celui qui donnais les cours m’a demandé sur quoi portait mon travail de diplôme. Je lui ai dit que je n’étais pas étudiant et il a dit que je devrais l’être ! Donc je l’ai été. J’ai vraiment apprécié cette rigueur de travail, j’ai bossé dur et j’ai obtenu une distinction. Donc je suis désormais un vieil universitaire !


Y a-t-il des artistes en particulier qui t’on inspiré (que cela soit dans le domaine des couvertures de disques ou en-dehors de celui-ci) ?

Le monde des pochettes d’albums était évidemment une influence. J’ai déjà mentionné Roger Dean auparavant, mais il y a également eu les artistes psychédéliques américains comme Mouse et Kelley, Rick Griffin et Victor Moscoso. Tout le style de ‘High Art’ avec des lettre presque illisibles dans le genre Grateful Dead a été une influence pour moi (en fait, la pochette de Garris pour ‘Blues for Allah’ est une de mes favorites). Mais tout art trouve de l’intérêt à mes yeux, même si je ne l’apprécie pas au niveau émotionnel. Le fait d’avoir fait ce master m’a ouvert les yeux sur des choses que je ne ‘captais’ pas auparavant. Mais je reste ‘lowbrow’ au fond de mon coeur.


Quelle a été ta première pochette de disque ? Comment en es-tu arrivé à faire ça ? Est-ce qu’on t’a sollicité ou est-ce que tu as offert spontanément tes services à un groupe que tu appréciais ?

Au collège (soit au début des années quatre-vingt), je gagnais de l’argent en bossant comme ‘local crew’ pour des groupes. Bradford était un endroit où beaucoup de groupes de rock venaient et j’ai ainsi bossé pour Saxon, Iron Maiden, Thin Lizzy, UFO et un tas d’autres. Je voyais donc des groupes comme ça parfois deux fois par semaine. L’équipe dont je faisais partie incluait un bon ami, Robb Heaton (RIP), qui était batteur du groupe local New Model Army. Quelques années plus tard, New Model Army a eu un guitariste supplémentaire pour les concerts : il s’agissait de Ricky Warwick (futur frontman de The Almighty, puis, plus récemment, de Thin Lizzy et des Black Star Riders, NDR). Et il se trouve que lui et Tommy Tee (RIP), qui était aussi membre de cette ‘local crew’, ont formé The Almighty, Tommy en étant le manager. J’avais déjà fait un design de t-shirt et peint une guitare pour Ricky et quand leur futur album ‘Soul Destruction’ est venu dans la discussion au pub, je me suis dit que c’était ma chance et j’ai offert mes services en me lançant sans filet. C’est donc clairement grâce à mes relations que j’ai décroché mon premier job. Et après que ce design ait été utilisé, Tommy m’a obtenu d’autre travaux – principalement pour des groupes plus petits – comme des logos et des pochettes, mais également une couverture pour Saxon et une pour Girlschool. ‘Soul Destruction’ des Almighty a finalement été voté deuxième meilleure pochette dans un magazine de rock et j’ai eu une interview dans Metal Hammer avec des illustration de mon travail, ce qui aurait dû aider ma carrière, je suppose, mais je commençais déjà à être désilusionné par le ‘business’ à ce moment-là…


Quels sont tes crières pour accepter de faire une pochette ?

Il y a trois raisons principales. Primo, j’aime les gens. La pochette de Atom Heart Mother (‘Skin 'em up, Chop 'em out, Rawhide’, NDR) a été effectuée pour Nick et Moose que je connaissais grâce à mes relations avec New Model Army. Il n’y a pas eu beaucoup d’argent en jeu, mais je voulais qu’ils aient du succès. S’ils l’avaient été (ce qui n’a pas été le cas), cela m’aurait peut-être permis d’obtenir un nouveau job plus tard, et d’être mieux rémunéré la fois suivante. Deuxio, j’aime la musique et je veux y être associé. Et tertio : je ne te connais pas mais tu vas me payer suffisamment pour que ça vaille la peine, ceci pour autant que je n’aie pas à faire trop de compromis. Parce que bien sûr qu’il y a toujours des compromis à faire, que ce soit avec les idées, le style ou le titre de l’album, mais je dois faire quelque chose qui me convient – et si possible dont je suis fier.


Par exemple, je ne suis pas fier ni même particulièrement satisfait de la pochette que j’ai faite pour Saxon. A la base, j’étais très content de mon premier projet pour un album qui devait s’appeler ‘Nighthunter’ et tout s’annonçait très bien. Ensuite, ils m’ont appelé pour une réunion et ont changé le nom en ‘Forever Free’ et ont stipulé qu’ils voulaient un aigle dessus. Et ça a fini comme un clone appauvri de ‘Soul Destruction’, à la vérité. J’étais naïf et je voulais énormément bosser avec eux, mais le compromis n’a pas été très heureux, à mon avis.


Avec Adrenaline 101 (groupe suisse dont Koot a réalisé la pochette de l’album ‘Demons in the Closet’ paru en 2013, NDR), le contexte était différent, bien qu’à la base je voulais ausis faire un design différent de celui qu’ils ont finalement retenu (j’avais fait deux projets très différents). Mais c’est leur album et j’étais heureux de faire le design qu’ils ont choisi. J’avais rencontré Pascal (Luder, le bassiste de Adrenaline 101, NDR) quelques fois auparavant, quand nous bossions tous les deux pour Freak of Nature. Nous avions bu des bières et discuté et nous nous étions bien entendus. Je ne pensais pas faire de pochette lorsqu’il me l’a demandé, mais il a su me flatter et je dois avouer que si chaque groupe était aussi agréable que ces mecs, je ferai plus de pochettes avec plaisir. Ce sont des gentlemen !


Quelle est ta relation avec le groupe pour qui tu crées quelque chose ? Est-ce que tu dois toujours apprécier sa musique ?

Je n’apprécie pas complètement la musique comme un fan qui a grandi avec le groupe, car je n’ai pas forcément eu d’interaction avec eux et que je n’ai parfois même pas entendu leur musique avant de décrocher le job. Mais je respecte assurément les musiciens et j’écoute toujours leur musique et leurs paroles pour trouver le style et le visuel qui correspondra le mieux. La relation avec un groupe peut grandement varier.


J’ai par exemple immédiatement développé une amité avec Mike Tramp (White Lion, Freak of Nature, désormais en solo, NDR) : c’était juste un gars tellement gentil. J’étais allé voir White Lion jouer après que Mike m’ait appelé, mais je n’avais rien entendu d’eux auparavant. J’ai énormément apprécié apprécié ce concert et nous avons bu quelques bières ensemble après celui-ci. J’ai alors dessiné un logo de White Lion pour lui, puis nous sommes restés en contact et avons décidés de continuer ensemble pour l’aventure Freak of Nature après le split de White Lion. J’ai un respect immense pour Mike et les messages qu’il transmet. Il était facile de travailler avec lui, il me faisait confiance et m’a laissé faire transparaître de façon évidente mes influences psychédéliques susmentionnées dans les designs de Freak of Nature. On se rencontre encore de temps en temps. Soit je vais le voir jouer en concert, soit c’est lui qui tout à coup frappe à la porte parce qu’il était dans les parages. Et on boit un verre et on discute, en toute simplicité. Il a même fini une fois en train de jouer de la guitare et de chanter avec les gens du coin dans un pub au bas de la rue, sans que personne ne sache réellement qui il était. Tu ne peux pas faire autrement que d’apprécier et respecter son attitude de troubadour dans la musique et dans la vie.


Sinon, Girlschool était un groupe avec lequel on faisait super bien la fête, et Marcus du groupe Goat était un gars magique… Je me souviens avoir fait une session de tatouage où nous étions ivres chez moi (quelque chose que je ne saurais recommander, néanmoins).


Pour autant, dans l’absolu, je ne ressens pas le besoin d’absolument rencontrer les groupes : écouter leur musique et me faire donner un point de départ peut suffire. J’ai ainsi été contacté par le label de The Exploited pour faire la couverture de leur album ‘Beat the Bastards’ : j’ai écouté les demos et j’ai adoré. Wattie, le chanteur, voulait à l’origine un design de crâne plus simple, avec un fond rouge. Mais je l’ai convaincu par téléphone qu’un look de fossile dans la pierre, avec des cheveux comme des doigts articulés ferait une image puissante. Il a accepté de me donner de la liberté artistique et le design a bien fonctionné. Ils vendent encore des badges et des t-shirts avec ce motif près de vingt ans plus tard, donc je pense que nous sommes tous deux contents. Leur album suivant, ‘Fuck the System’, était encore meilleur au niveau du design, probablement parce qu’on m’a accordé plus de confiance et de liberté pour faire ce que je voulais. Je pense qu’il s’agit probablement du meilleur design que j’aie fait jusqu’à aujourd’hui.


Donc en résumé : il peut y avoir des relations totalement différentes suivant les groupes, mais je suis fier de la même façon des couvertures que j’ai faites pour tous ces groupes.


Quelle est la technique que tu as utilisée, par exemple, sur les albums suivants : The Almighty (Soul Destruction), Freak of Nature (S/T), The Exploited (Beat the Bastards) ou Adrenaline 101 (Demons in the Closet) ?

Il y a un certain nombre d’encres à l’aérographe au-dessus d’une base peinte sur une surface lisse. Le ‘Fuck the System’ de The Exploited a été fait presque complètement à l’aérographe à main levée, mais j’ai dû utiliser un pistolet très fin pour ce faire. En contraste, le Adrenaline 101 a été fait à l’acrylique sur toile. Je préfère cependant utiliser la peinture à l’huile, parce qu’elle permet de faire des mélanges plus doux, mais le temps de séchage est incompatible avec certains délais. Mais la plupart de mes travaux personnels sont faits à l’huile, bien que je dépoussière encore mon aérographe occasionnellement. Je n’utilise par contre pas du tout d’ordinateurs, bien que je vois très bien comment ils peuvent aider au moment du design en permettant de jouer et de déplacer les images facilement.


Est-ce que ta technique a évolué avec le temps ?

Oui, j’ai utilisé l’aérographe durant des années et à l’origine j’étais un puriste qui ne voulait pas le combiner avec un pinceau traditionnel. Mais ça a changé. Je fais désormais volontiers une base au pinceau traditionnel et utilise l’aérographe comme un outil additionnel. Je suis désormais plus confiant en ce qui concerne les mélanges de media. Et découper des pochoirs pour l’aérographe, c’est casse-burne. Beaucoup d’artistes qui font de l’aérographe utilisent des pochoirs découpés à l’ordinateur, mais cette technologie n’est pas encore arrivée jusqu’à moi…


Est-ce que ton style a évolué avec le temps ?

Oui, bien qu’il s’agisse principalement d’une question de confiance en soi. Je suis plus heureux de mon travail actuellement que je l’ai jamais été. Le fait de varier les techniques influence le style. Je commence toujours avec un motif graphique fort, mais j’autorise désormais les choses à évoluer au fur et à mesure de l’avancement du projet. Le fait d’utiliser une base de peinture à l’huile me permet de garder les parties d’arrière-plan que j’aime et de repeindre celles que je n’aime pas. Cela me donne de la flexibilité en me permettant de modifier les choses plus facilement. L’aérographe ne permet pas cela.


Comment décrirais-tu ton style artistique ?

C’est très graphique mais d’une présentation plus libre. Les motifs héraldiques m’ont influencé et j’aime travailler avec la symétrie et sa rupture – essayer d’équilibrer l’asymétrie dans mes designs. Je n’ai jamais vraiment fait d’auto-analyse comme ceci, mais c’est probablement dans ce cadre-là que se place le motif de jumeaux siamois sur lequel je travaille actuellement (et dont Koot a aimablement fourni des photos, qui figurent en illustration de cet article, NDR). Je fais aussi des trucs avec des corbeaux ains que des tortues dont les carapaces ont évolué en boules à neige. Les crânes sont désormais partout dans la rue, mais ils peuvent encore se faufiler dans mes designs de façon un peu plus subtile qu’auparavant.


Comment est-ce que tu t’exprimes artistiquement : fais-tu seulement des couvertures d’albums ou également d’autres choses ?

Je suis un artiste qui a fait quelques pochettes d’albums, principalement dans les années nonante. Cela ne me définit pas. Je suis intéressé par la mort et par une évolution qui dise quelque chose de la condition humaine. Les designs que j’ai faits pour Freak of Nature jouent là-dessus. Les brouillons que j’ai faits pour leur premier album mentionne une divinité imparfaite qui crée ces anomalies. A l’origine, le joker lançait les dés pour prendre des décisions au sujet des créatures qu’il s’apprêtait à créer. Je fais beaucoup de designs et je suis actuellement en train de peindre afin de constuire un nouveau corps de travail. J’ai un personnage de bande dessinée qui s’appelle ‘Hammerhead Ted’ avec lequel je travaille : il s’agit d’un ours en peluche au cerveau endommagé et déformé qui voit le monde comme un innocent. Les gens se moquent de lui mais ils est magnifique intérieurement – il est juste né accidentellement avec une tête alongée comme un requin-marteau et une bosse en forme d’aileron.


J’ai entendu dire (par Mike Tramp, qui s’est manifesté pour nous aider durant nos recherches de Koot, ce qui confirme au besoin que c’est vraiment un mec bien, NDR) que tu es actuellement enseignant d’art…

J’ai enseigné les arts graphiques à temps partiel, ce qui m’a permis de gagner de l’argent et de poursuivre mes travaux personnels en parallèle. Mais j’ai abandonné lorsque c’est devenu trop basé sur l’ordinateur. Je sentais que je devenais moins créatif : tout devenait trop de la culture ‘clip-art’ et la compréhension des caractères d’écriture et des designs était trop compromise. Je suis néanmoins retourné plus tard à l’enseignement de l’art, mais j’ai dû me forcer. L’hypocrisie et le manque de pertinence de l’enseignement que j’avais rencontrés étant jeune semblent désormais tuer une partie de la créativité dans ces matières. Alors j’ai à nouveau abandonné l’enseignement. Puis on m’a persuadé de revenir pour faire quelques remplacements, mais je ne pense pas que je vais faire long cette fois-ci non plus ! Peut-être que je suis trop vieux et trop ‘old school’ pour m’adapter, même si c’est vrai que j’adore enseigner la peinture à l’huile aux jeunes. Mais de toute manière, j’aurai soixante ans dans trois ans et j’utilise cette échéance comme un délai pour ne plus faire que de la peinture. Des impressions de mes derniers travaux sont en train d’être tirées et j’aurai ensuite un site web pour que les gens y aient accès. C’est mon plan.


Peux-tu vivre de ton art ?

Je pourrais vivre de mon art, mais je ne pourrais pas faire ce que je fais actuellement avec autant de liberté. La situation où je fais un peu d’enseignement et de la peinture pour moi me convient pour le moment.


Tes couvertures sont fantastiques, mais il semble que tu n’en aies pas fait autant que cela : pourquoi ? N’avais-tu pas assez de temps ?

Merci. Je suis content de la plupart d’entre elles. Je n’étais cependant pas un bon businessman et je me suis fait avoir quelques fois. Il y a aussi beaucoup d’egos surdimensionnés dans ce milieu, ce qui fait qu’il est rafraîchissant et plaisant de travailler avec des groupes plus petits (comme Goat avec leur album ‘Medication Time’ ou encore Atom Heart Mother) ainsi qu’avec des gens comme Mike Tramp. Je me rappelle avoir été convoqué et avoir fait plus de 300 kilomètres pour aller à Londres, pour me retrouver à attendre dans un bureau pendant plus d’une heure jusqu’à ce qu’un manager de groupe qui passait son temps au téléphone me dise de rentrer et de faire des designs : c’était une perte de temps et je le lui ai fait comprendre. Il a dit que je ne travaillerais plus jamais dans l’industrie du disque. C’était un homme puissant… peut-être qu’il avait raison.


Tu avais un site internet, mais tu ne l’as plus actuellement et il n’y a aucune information à ton sujet sur le web… Est-ce intentionnel d’être aussi discret ?

Je fais profil bas et je suis content de pouvoir faire mes propres trucs. Il y aura un site web bientôt et une renaissance en tant qu’artiste ‘commercial’, mais je vais choisir les jobs que j’accepte en fonction des critères que j’ai mentionnés ci-dessus. Je suis plus vieux et plus sage, maintenant.


Certains de tes motifs seraient parfaits pour des tatouages… As-tu jamais considéré l’idée d’en faire ta carrière ?

J’en ai fait et j’ai toujours une machine que j’ai achetée il y a trente ans, mais ce n’est plus quelque chose que je prendrais en considération aujourd’hui. Mais il n’y a rien de mieux que de voir mes motifs tatoués sur des gens : un mec s’est même fait tatouer les deux crânes hurlants de The Exploited : un sur chaque fesse !

Gilles Simon Photographies