Les mythiques Disneyland After Dark étaient de passage en Suisse dans le cadre de la tournée de célébration de leur trente ans de carrière. C'est ainsi que nous avons eu l'occasion de rencontrer les très sympathiques Jacob Binzer (guitare) et Laust Sonne (batterie) juste avant leur excellent concert au Z7. Voici donc le compte-rendu de notre rencontre avec l'un des plus grands groupes danois.


Après trente ans de carrière, que reste-t-il à accomplir pour D-A-D ?

Laust et Jacob :Etre heureux ! (rires)

Laust : Et sinon, nous espérons gagner encore en popularité en Europe, c'est ce sur quoi nous travaillons principalement, tout comme nous veillons également à conserver notre bonne position au Danemark. Et bien sûr, il nous reste encore plein de nouveaux morceaux à écrire !

Jacob : Il nous reste bien sûr toujours plein de choses à accomplir. Bien sûr, au Danemark, nous avons été quelques fois aussi populaires que tu peux l'être, et nous en sommes très heureux, mais ce sont des choses qui vont et qui viennent. Hors du Danemark également, c'est fluctuant. Ceci dit, tout se passe bien depuis deux ans, mais nous ne sommes bien sûr pas le plus grand groupe du monde et il nous reste forcément des choses à accomplir au niveau professionnel.


Y a-t-il encore une frustration de ne pas avoir réussi la conquête américaine à la fin des années quatre-vingt ? C'est quelque chose qui semble encore douloureux lorsque l'on lit vos interviews ou que l'on regarde le DVD documentaire qui vous est consacré (l'excellent 'True Believers' de Torleif Hoppe, NDR) ?

Jacob : Le problème est qu'à l'époque les attentes étaient vraiment très hautes de la part du label et que nous nous sommes également mis à avoir nous-mêmes des objectifs démesurés. Pourtant nous avons vendu beaucoup d'albums aux USA et dans le reste du monde, et nous avons beaucoup tourné et il y a eu une sorte d'engouement autour de nous. Mais quand ça c'est estompé, bien sûr, ça a été une déception. Ceci dit, j'insiste sur le fait que nous avons bénéficié d'une belle promotion dans le monde entier et que j'en suis reconnaissant. Peu de groupes ont cette chance. Et c'est grâce à ces efforts de l'époque que nous pouvons encore aller jouer aujourd'hui aux USA ou dans d'autres pays.


En trente ans, vous avez régulièrement changé le 'son' de D-A-D, en enregistrant des albums tantôt plus calmes, tantôt plus heavy. Comment expliquez-vous ces changements ? Ca vient de votre façon de travailler ?

Laust : En effet, parfois nous avons changé notre façon de travailler et cela a modifié la façon dont nous sonnions. Le truc, c'est que quand tu commences à écrire des chansons, tu ne sais pas forcément dans quelle direction ça va aller. Mais après un moment, certaines chansons commencent à se mettre ensemble et elles deviennent le coeur du nouvel album. Mais on ne planifie pas vraiment de faire un album plus calme ou plus dur, ça vient comme ça !


Mais concrètement, comment est-ce que vous travaillez ? On dirait que vous composez tout le temps tous ensemble...

Laust : Le mode de fonctionnement classique de D-A-D est en effet que nous nous retrouvons tous dans le local de répétition et que nous écrivons nos chansons tous ensemble. D'ailleurs ça prend beaucoup de temps parce que chacun a toujours sa propre opinion sur chaque idée et il faut tout essayer. Mais il a pu arriver parfois que nous décidions d'écrire des choses chacun de notre côté à la maison et de faire un premier tri afin de n'amener que ce que nous considérions comme étant 'de qualité' à la répétition.


C'est ce que vous aviez fait pour votre avant-dernier album ('Monster Philosophy'), si je ne me trompe...

Laust : Oui, exactement.

Jacob : Ca nous a permis de raccourcir la période d'écriture. Ca nous a aussi évité de nous impatienter en répète à force de jouer toujours le même type de chansons, puisque chacun venait avec quelque chose de différent. Ceci dit, pour le dernier album ('Dic.Nii.Lan.Daft.Erd.Ark'), nous avons d'emblée décidé que nous ferions un album de rock et que nous laisserions de côté l'aspect 'fun' du groupe.


A ce sujet, je suis toujours un petit peu surpris de cette image de groupe marrant qui vous colle à la peau...

Laust : En effet, la plupart des chansons ne sont pas des chansons drôles. Mais quand tu te retrouves mis dans une boîte avec une étiquette, c'est impossible d'en ressortir. Il y a bien sûr souvent de l'humour dans nos chansons, mais beaucoup sont plutôt sérieuses, voire graves, que ce soit dans les paroles ou dans le son.


A propos de choses 'graves', au cours de votre carrière, vous avez connu des bons moments, mais aussi des moments difficiles. Avez-vous jamais pensé à tout laisser tomber et à quitter le monde de la musique  ?

Jacob : Non. Jamais. Quand tu traverses des épreuves difficiles, tu développes une sorte d'esprit de combat qui te permet de t'en sortir. Je ne vois pas ce qui pourrait nous faire arrêter la musique. Peut-être que nous arrêterions si nous avions un très grand succès, en disant 'Voilà, c'est fait, on se tire' ! (rires) Non, mais plus sérieusement, par exemple quand Peter, notre ancien batteur, a décidé de quitter le groupe en 1999, ça aurait pu être un de ces moments où on se serait dit qu'on arrêtait. Mais ça ne nous a jamais traversé l'esprit même à cette époque.


En parlant d'époque, il est évident que le milieu de la musique a beaucoup changé depuis vos débuts. Qu'est-ce que ça a changé pour vous ?

Jacob : C'est vrai que ça a énormément changé. A l'époque, c'était les majors qui tiraient toutes les ficelles. Aujourd'hui elles n'ont plus aucun pouvoir, dans un monde où chacun peut enregistrer son album à moindre frais et ensuite accéder au public à travers Youtube ou Spotify. Et bien sûr, la musique sur scène s'est considérablement développée pendant que les ventes de disques chutaient...


Vous avez aussi ressenti cette différence au Danemark, où vous êtes pourtant très populaires ?

Laust : Oui, très clairement. Nous vendons moins mais nous tournons plus. Ce qui n'est pas du tout un problème puisque nous sommes avant tout un groupe de scène.


A propos de cette popularité au Danemark, ça fait quoi d'y avoir déjà reçu un Lifetime Achievement Award alors que vous n'êtes que dans votre quarantaine (et trentaine pour Laust, qui est plus jeune) ?

Jacob : Je trouve que c'est cool ! (rires) Et qui sait, à ce rythme, peut-être qu'on en recevra un deuxième ! Mais je trouve déjà incroyable de célébrer trente ans de carrière alors que je n'ai que quarante-sept ans. C'est quelque chose.


Est-ce que vous pensez encore être là dans 30 ans ? Qu'est-ce qui pourrait vous faire arrêter, (excepté un album à succès comme vous l'avez évoqué tout à l'heure) ?

Jacob : A l’évidence si nous avions des problèmes de santé. Mais pour le reste, je ne vois pas. Prends les Stones par exemple, ils sont toujours là.

Laust : Tant que tu aimes ce que tu fais et que tu aimes les gens avec qui tu le fais, il n’y a pas de raison d’arrêter.


Et vous aimez toujours autant ce que vous faites après 30 ans ?

Laust : Oui. Bien sûr, on s’engueule de temps à autres, mais nous aimons toujours autant ça.


Jacob, si tu pouvais revenir dans le temps, que dirais-tu à ce jeune homme (je lui montre sa photo sur la pochette de l’album ‘No Fuel Left For The Pilgrims’ paru en 1989, NDR) ?

Jacob : Joue plus de guitare.


Pourquoi ce conseil, tu n’es pas satisfait de ce que tu jouais à l’époque ?

Jacob : En effet. Et je lui dirais aussi, à ce moment précis en 1989, de ne pas être aussi irascible que le petit punk danois qu’il était à l’époque. Nous étions comme ça, nous nous étions fait tout seuls et on ne voulait écouter personne. Pourtant, avec le recul, je réalise aujourd’hui que les gens avec qui nous bossions – en particulier aux Etats-Unis – étaient parmi les meilleurs de la profession. Ils avaient tellement d’expérience et tellement de succès à leur actif que nous aurions pu les écouter davantage.


Et toi, Laust, que te dirais-tu à toi-même à l’âge de vingt ans ?

Laust : Quand j’avais 20 ans, je suis parti de Copenhague pour Londres, où je n’avais nulle part où vivre, ni nulle part où dormir. Je n’avais pas d’argent et je vivais pour ainsi dire dans la rue. Mais pour autant, même si j’y ai fait des choses un peu folles, je ne les ai pas faites de façon très folle. J’étais trop sur la retenue. Ce n’est que quand je suis rentré à Copenhague que je me suis enfin lâché et que je me suis dit ‘maintenant, je suis enfin moi-même’. Donc, mon conseil à mon alter ego de vingt ans qui vit à Londres serait : vas-y, lâche-toi !


Et si ces deux jeunes mecs se voyaient aujourd’hui, est-ce qu’ils seraient fiers de ce qu’ils sont devenus ?

Laust : Oui, plutôt, je crois.

Jacob : Oui. Il dirait sûrement ‘tu es très bon, mais tu es trop paresseux’ ! (rires)


Pour rester dans le présent, j’ai remarqué qu’après 25 ans de carrière sous l’abréviation D.A.D puis D-A-D, vous êtes en train de reprendre gentiment votre nom complet tant sur votre dernier album (‘Dic.Nii.Lan.Daft.Erd.Ark’) que sur votre récent best of (‘Disn30land After Dark’). Vous n’avez donc plus peur des avocats de Disney ? Savez-vous exactement le risque que vous courez ?

Jacob : Il y a un risque. Mais nous n’avons rien entendu ces temps. Cependant, il est évident que si nous devenions très populaires, les avocats seraient là, prêts à nous déposer une plainte au cul ! (rires)


Parlons enfin brièvement du futur : est-ce que vous travaillez déjà sur le prochain album ? Ou est-ce que vous avez une idée de la direction dans laquelle celui-ci va se diriger ?

Laust : Non, on n’a rien commencé. Mais je pense que ce sera un album très rock, à nouveau. Peut-être qu’il aura un peu plus de mélodies que le dernier, mais il sera très énergique aussi.

Jacob : Je pense exactement la même chose.


Et pour terminer : que peut-on vous souhaiter pour l’avenir ?

Laust : Une bonne santé…

Jacob : …et de l’inspiration !




FICHE CD 

Nom de l’album : « Dic.Nii.Lan.Daft.Erd.Ark »

Label : Cargo Records

Website : www.d-a-d.dk



Gilles Simon Photographies