Fondé par Nicke Andersson suite à la séparation des Hellacopters, Imperial State Electric en est déjà à son troisième album, l’excellent ‘Reptile Brain Music’. Daily Rock a profité de la tournée récente du groupe en Suisse (en co-tête d’affiche avec Dregen, autre ex-Hellacopters) pour saisir l’opportunité d’interviewer l’un des songwriters les plus doués et polyvalents du monde du rock.


Alors, comment se passe cette tournée ? Et ces retrouvailles avec Dregen ?

Nicke Andersson : Ca se passe très bien. Ce n’est qu’une petite tournée de deux semaines, tu sais. Là c’est le onzième show d’affilée. C’est un peu fatigant de ne pas avoir de jour de repos et de toujours jouer, mais c’est justement ce que j’aime : jouer ! Peut-être qu’on trouve un peu plus d’amusement dans les « à-côtés » quand on a vingt ans, quand on passe son temps à faire la fête…


Ca a beaucoup changé, avec le temps ?

Bah, ça change graduellement, forcément. J’ai quarante et un ans maintenant. Disons qu’on devient plus concentré sur la musique avec le temps. Non pas que je n’étais pas concentré dessus avant, mais on va dire qu’on essaie désormais de faire la fête de façon moins extrême. Et pour te répondre, c’est super de retrouver Dregen. La dernière fois qu’on a tourné ensemble, c’était en 1998, avec Gluecifer et les Hellacopters (NDR : peu après, Dregen avait quitté les Hellacopters pour retourner auprès des Backyard Babies, son groupe de toujours).


Mais pour autant, vous ne vous êtes jamais perdus de vue et êtes toujours restés en bons termes…

Oui, parce que c’était en fait une situation un peu triste pour tous les deux : il a dû choisir entre les Hellacopters et les Backyard Babies…


Choix difficile…

Oui, mais j’ai toujours pensé qu’en tant que les Backyard Babies étaient son premier groupe, celui qu’il avait fondé avec ses amis d’enfance, c’était bien ainsi. Et comme ça a bien tourné pour les Hellacopters aussi …


En effet, puisque les deux groupes ont rencontré du succès par la suite…

Oui, même si le succès est toujours relatif. Tu sais, aucun de nous n’est millionnaire… Mais je suis fier de ce que l’on a fait et je suis sûr que Dregen est fier de ce qu’il a réalisé avec les Backyard Babies. Donc tout est pour le mieux. J’ai de la chance que des gens aiment la musique que je fais depuis que j’ai environ seize ans. C’est un privilège, parce que je n’ai jamais eu de plan B, comme faire des études, par exemple. J’ai quarante et un ans maintenant et je touche du bois pour que ça continue…


A mon avis, si tu continues à proposer des albums aussi bons que ce nouveau ‘Reptile Brain Music’, ça devrait continuer ! D’ailleurs, au sujet de ce titre, je le trouve plutôt paradoxal…

Vraiment ?


Oui, parce qu’il me semble que vos textes sont tout sauf ‘reptiliens’ : ils sont au contraire particulièrement intelligents, nettement plus que la moyenne…

Je ne sais pas s’ils sont intelligents, mais disons que ce ne sont en effet pas des paroles à la Gene Simmons… (rires) Mais pour en revenir au sens du titre, ça se rapporte à ce qui est important dans cette chose qu’on appelle le rock ‘n’ roll : évoquer des émotions. Comme ça (il claque des doigts, NDR). C’est un instinct primaire. On le voit depuis la scène : tu peux avoir le mec le plus dur qui soit, si tu lui balances un truc à la Chuck Berry, tu vas le voir réagir de façon positive. Donc le titre de l’album vient de ça, parce qu’on a une expression en Suède qui dit que quelque chose ‘va droit au cerveau reptilien’. Mais ça ne veut pas dire que pour autant on doit écrire des paroles stupides ! (rires) Le plus important, c’est qu’elles correspondent à ceux qui les écrivent. Après, tu peux qualifier mes textes comme tu veux, mais je pense que des bonnes paroles rendent la musique encore meilleure. Même si tu veux chanter au sujet du sexe, par exemple, il y a des mecs comme Bon Scott qui écrivaient des paroles excellentes, avec de l’humour. Au contraire de Gene Simmons, qui va pondre quelque chose de très cru, du genre ‘Je vais mettre ma b… dans ta ch… ‘. Non pas que je considère ça comme mauvais, mais ce n’est pas ce que je veux écrire.

Et c’est exactement ça que je considérais comme des paroles ‘reptiliennes’ et c’est pourquoi je trouvais le titre paradoxal…

Oui, mais chez nous, c’est la musique qui est reptilienne, pas les paroles ! (rires)


Comme ça tout est clair, en effet !

Oui, mais sur ce sujet, je précise tout de même que j’ai un problème avec pas mal de groupes : je trouve qu’ils se prennent trop au sérieux. On dirait qu’ils pensent qu’ils écrivaient du Dostoïevsky ou je ne sais quoi. Il faut rester réaliste : il ne s’agit que de chansons de trois minutes – ou même souvent de deux minutes, dans le cas de Imperial State Electric. D’ailleurs, je préfère ne pas particulièrement parler des paroles des chansons, parce que le sens qu’elles ont pour moi ne sera pas forcément celui que tu vas leur donner. Et c’est très bien ainsi.


Alors ne parlons pas de paroles, mais parlons de musique : sur le premier album, ISE se démarquait du son Hellacopters en intégrant du son sixties (Beatles) ou seventies (Kiss). Sur ce troisième album, j’ai l’impression que tu reviens un peu vers le son qu’avaient les Hellacopters sur la fin de leur carrière. Suis-je dans le vrai ?

Je ne peux pas dire que tu as tort, tout ce que je peux dire c’est que je ne suis pas d’accord avec toi. Il faudrait peut-être prendre chaque chanson séparément et l’analyser… Mais sur chaque album de ISE, il y a au minimum une chanson qui est date de la période Hellacopters. Sur le premier album, il y en a une qui s’appelle ‘Deja Vu’, qu’on a essayée avec les Hellacopters et qui aurait dû je crois figurer sur l’album ‘Rock ‘n’ Roll Is Dead’. Mais elle ne fonctionnait pas à l’époque, avec les cinq personnes qui composaient le groupe. Et elle a fonctionné avec les quatre personnes qui composent ISE. C’est d’ailleurs ça, la différence principale entre les Hellacopters et ISE : ce ne sont pas les chansons, ce sont les membres des groupes. Tu te retrouves avec différentes personnes et des alchimies différentes. Aucune n’est meilleure ou pire que l’autre : elles sont juste différentes. Par exemple, quand j’ai demandé à Tomas Eriksson de rejoindre ISE, je savais qu’il pouvait jouer de la batterie en rythme ‘shuffle’, ce que je ne sais pas faire et que le Robert, le batteur des Hellacopters, ne savais pas faire non plus. Donc ça m’amène à écrire consciemment des chansons avec ce type de rythme, ce qui est également une différence notable par rapport aux Hellacopters.


C’est intéressant cet aspect très lié à la personnalité des musiciens, surtout lorsqu’on sait que, sur le premier album d’ISE, tu as quasiment joué de tous les instruments sur toutes les chansons… Du coup, lorsque tu regardes le groupe tel qu’il est aujourd’hui, est-ce qu’il a évolué comme tu l’aurais pensé ?

C’est justement ce qui est amusant avec la musique : tu ne sais jamais à quoi t’attendre et tu ne peux que patienter et voir ce qui arrive… Mais pour en revenir au premier album, j’ai fait comme ça parce que je n’avais pas le temps de créer un groupe. Tu sais, ça prends beaucoup de temps, il faut répéter, etc. Alors je me suis dit : ok, j’ai les chansons, je n’ai qu’à commencer à bosser sur l’album. Et du coup, j’ai finalement eu un album complet à faire écouter aux futurs musiciens de ISE, en leur disant ‘Voilà, c’est ça que je veux faire comme musique, est-ce que tu veux faire partie de l’aventure ?’. Mais pour en revenir à l’évolution actuelle du groupe, je dirais qu’on essaie d’élargir notre champ d’action. Par exemple, j’aimerais que les autres chantent un peu plus. Parce que j’adore les groupes qui ont plusieurs chanteurs. Sur le dernier album, il n’y a que deux chansons concernées – Tobias chante sur une et Dolf chante sur l’autre – mais j’en aimerais plus comme ça sur le prochain album. C’est juste un peu difficile parce que j’écris plus de chansons qu’eux.


A cet égard, rappelons que Dolf est justement le leader d’un autre groupe (The Datsuns). Etant entendu que tu es le leader de ISE, comment ça se passe d’avoir le leader d’un autre groupe dans le tien ?

C’est plutôt bien. Enfin, peut-être que tu devrais poser la question directement à Dolf, mais je pense que pour lui c’est plutôt positif : ça lui ôte un poids des épaules. Bien sûr, je ne peux pas le garantir, mais mon expérience m’a appris qu’il faut jouer cartes sur table dès le début avec tout le monde et demander à ce que tous les problèmes soient clairement évoqués. Et il n’y en a pas au sein de ISE. Les seuls problèmes que je remarque, ce sont ceux liés à l’aspect physique du job…


Physique ?

Oui, en vieillissant, ça devient plus dur. Tu sais, 1h30 sur scène, c’est rude ! Mais c’est agréable. Et d’ailleurs, mis à part ça, le fait de vieillir apporte un élément capital dans les relations au sein d’un groupe : l’expérience. On se rend vite compte de ce qui est important et on ne perd plus notre temps avec des conneries.


Tu es capable de composer aussi bien du death metal (Entombed, Death Breath) que du rock (Hellacopters, ISE) ou de la soul music (The Solution) : quelle est ta relation à la musique ?

Pour commencer, je suis très curieux. Par exemple, si je découvre un auteur et que son livre me plaît, j’ai besoin de lire tout ce qu’il a écrit. Et je suis comme ça avec la musique. Tiens, si tu aimes le rock, tu aimes certainement les Rolling Stones…


Bien sûr…

Et si tu écoutes par exemple leur album ‘It’s Only Rock ‘n’ Roll’, tu vas tomber sur la reprise des Temptations ‘Ain’t Too Proud To Beg’…


Et là, tu te dois de découvrir les Temptations…

Oui, exactement. Puis ce sera toute la Motown. Et ensuite, je vais encore découvrir que si j’aime la soul de la Motown, j’aime encore plus la ‘southern soul’, celle de la Nouvelle-Orléans. Etc. Tu sais, s’il n’y avait pas eu Chuck Berry à un moment donné, il n’y aurait pas eu de death metal par la suite. Je trouve donc que c’est important de connaître d’où viennent nos racines musicales, et comment elles se sont développées et diversifiées. Peut-être que ça ne l’est pas pour tout le monde, mais pour moi c’est important. C’est d’ailleurs sûrement pour cela que c’est difficile pour moi d’écouter beaucoup de ‘nouvelle’ musique : parce qu’il y a encore tellement de ‘vieille’ musique que je n’ai pas encore entendue. Et je suis d’ailleurs un peu effrayé aujourd’hui, parce que je suis en train de commencer à apprécier le jazz, musique à laquelle je ne m’étais pas intéressé auparavant : je vais finir ruiné en achetant tous ces disques qui m’attendent ! Mais même si je vis jusqu’à 80 ans, je n’aurai jamais écouté tous les albums que j’ai envie d’entendre. Et je pense que je n’aurai pas non plus écrit toutes les chansons que j’aurai voulu écrire. C’est ce qui me pousse à continuer, je crois.


Tu avais justement déclaré, comme explication au titre de 1’album des Hellacopters ‘Rock ‘n’ Roll Is Dead’, que tu trouvais dommage que le seul vrai rock ne soit plus joué que par les vieux groupes comme les Rolling Stones…

Oui, mais si on te demande qui est le meilleur groupe de rock aujourd’hui, tu vas te rendre à l’évidence : ce sont les vieux groupes ! Et ça ne devrait pas être le cas…


D’ailleurs, toi qui y évolues, comment vois-tu l’évolution du monde de la musique ?

C’est difficile, aujourd’hui. Parce qu’il y a moins d’argent. En fait, il n’y a plus d’argent. C’est une attitude générationnelle qui doit être changée : désormais, les gens grandissent en pensant qu’ils peuvent tout avoir gratuitement. Un film ? Gratuit ! Il n’y a qu’à le télécharger. Un album ? Idem. Ca n’est pas le téléchargement en soi qui est problématique, c’est l’attitude. Parce que pour faire quelque chose de vraiment bien, il faut beaucoup de temps, d’efforts et d’argent. Et si les gens pensent que le résultat doit être gratuit pour eux, il y a quelque chose qui cloche. Je n’ai rien contre le partage. Mais s’ils veulent avoir quelque chose de qualité à partager, les gens doivent comprendre que ça coûte et qu’il faut plus qu’un ordinateur et une cave pour faire un vraiment bon album. Bien sûr, je sais que ce que je dis peut être débattu, suivant de quel type de musique on parle. Mais bon, il y a aussi du positif dans l’évolution de la musique : la nouvelle génération aime également le vinyl, ce qui lui permet un retour en grâce. Ce n’est pas un retour fracassant, mais c’est agréable à constater.


Toi par contre, tu n’as jamais abandonné le vinyl, puisque toutes tes réalisations depuis les Hellacopters sont toujours systématiquement sorties sous ce format (y compris des singles)…

Oui, mais tu sais, j’ai le sentiment qu’il y a toujours une demande pour ça, à commencer par les collectionneurs. Et franchement, c’est tellement plus agréable de poser ton vinyl sur la platine, de te prendre une tasse de café, de lire la pochette et de te plonger dans la musique… Mais bien sûr, je télécharge aussi, parce que je conduis beaucoup et c’est forcément beaucoup plus simple de tout avoir sur mon iPhone. Mais dans ce dernier cas, je le mets le plus souvent en mode aléatoire, ce qui me permet d’avoir ma propre station de radio, qui passera de Slayer à Otis Redding.


Quels sont tes projets musicaux à court terme ? J’ai cru lire qu’une réunion avec Entombed était prévue.

Oui, mais je crois qu’il y a un petit malentendu à ce sujet. J’ai été invité pour un concert avec un orchestre pour jouer ‘Clandestine’, le second album d’Entombed. C’est un concert qui devait avoir lieu fin janvier ou début février 2014 et auquel j’avais dit que je serais d’accord de participer pour que je ne sois pas en tournée… Or, je serai justement en tournée. Mais j’aurais adoré faire ça et j’espère que j’aurai une autre occasion. Sinon, on a un album de Death Breath qui est quasi prêt depuis trois ans…


Trois ans ?

Ouais, trois ans ! (rires) La musique est prête, mais à chaque fois qu’on veut écrire des paroles et enregistrer les vocaux, il y a autre chose qui nous en empêche. On a même la pochette qui est prête. Il ne manque que les voix. Mais ça n’est pas vraiment de la musique à la mode, alors ça m’est un peu égal que ça sorte demain ou dans deux ans. De toute façon, on ne tournera sûrement pas pour le promouvoir, puisque notre batteur habite à Los Angeles et que c’est très coûteux avec les vols. Enfin, qui sait…


Et du côté de The Solution, un nouvel album se prépare ?

Non, j’adorerais retravailler avec Scott Morgan, mais si tu as vu le nombre d’invités qu’il y a sur ces albums, je te laisse deviner à quel point il est difficile d’organiser la moindre répétition… C’est un cauchemar logistique de faire autant d’appels téléphoniques, d’emails et de sms… Et c’est moi qui m’occupait de tout ça. Donc même si je suis vraiment très fier des deux albums qu’on a faits, je ne me relancerais pas dans les mêmes conditions pour un troisième. Par contre, je serais ravi de faire le même type de musique à nouveau.


Ah là, tu m’offres une transition vers une question que je tenais à te poser en tant que fan autant de toi que de lui : est-ce que tu as déjà pensé à travailler avec Sulo, le leader des Diamond Dogs ?

Je l’ai déjà fait !


Oui, quelques petites choses. Mais moi je parle de composer un album complet.

Oui, mais je ne pense pas que ça puisse arriver. Parce que je le connais et je sais comment il travaille. Et ça ne fonctionnerait pas avec la façon dont moi je travaille. Parce qu’il veut être le patron. Et moi je n’ai pas besoin d’être le patron, si le vrai patron fait les choses en ordre. Mais je ne peux pas toujours mettre mon opinion de côté. Alors je pense que c’est mieux qu’on continue à faire des apparitions ci et là en tant qu’invités. Pour résumer, je ne pense pas qu’on serait complémentaires mais plutôt qu’on irait au clash.


Bon, tant pis, au moins j’aurai demandé !

Non, mais vraiment, j’aime Sulo. C’est juste que je ne pense pas qu’on réussirait à faire quelque chose de meilleur que ce qu’on fait chacun de notre côté. A moins peut-être que ce soit toi qui produise la chose. Parce que tu as déjà l’idée de ce qu’on devrait faire. (rires)



Très bien, je prends note et je te recontacterai le moment venu. Sinon, toujours au rayon projet, j’ai lu qu’un album live des Hellacopters était prévu. Correct ?

J’attends ces bandes depuis le jour où on s’est séparés. Ca n’est pas de mon ressort. Je l’ai dit et je le répète, si je pouvais mettre la main sur les bandes de nos quatre derniers concerts – et je sais qu’elles sont quelque part, mais c’est notre management de l’époque qui sait où – je sortirais ce live demain. Parce que je considère que ça serait en quelque sorte une belle ‘fin’ pour le groupe.


Dernière question : quel est le secret du succès de la scène musicale suédoise, dont un nombre important de groupes ont un succès international (Hellacopters, Backyard Babies, Hardcore Superstar, etc.) ? Est-ce que c’est une grande famille qui s’entraide ?

Je ne sais pas. Je ne crois pas. Par exemple, je ne connais pas les gars de Hardcore Superstar. Enfin, je les ai rencontrés et ce sont des mecs sympas. Mais nous ne formons pas une famille avec eux. Avec les Backyard Babies, c’est différent, on se connaît depuis si longtemps.

Mais je pense aussi aux Diamond Dogs dont on retrouve les membres régulièrement dans d’autres projets.

Oui, mais la Suède n’est pas grande donc on se connaît. Surtout si on est à Stockholm, on est forcément amenés à se croiser et à jouer ensemble. Tiens, en parlant des Diamond Dogs, Martin, le bassiste de Dregen sur cette tournée, en faisait justement partie. Même moi j’en ai fait partie !


Ah bon ?

Oui, j’ai remplacé leur batteur pour un concert. C’était marrant. Mais le cas des Diamond Dogs est extrême. Je pense qu’ils ont probablement eu un millier de membres différents ! (rires)




FICHE CD 

Nom de l’album : « Reptile Brain Music »

Label : Psychout Records / Soulfood

Website : www.imperialstateelectric.se



Gilles Simon Photographies