Il a fondé les Backyard Babies et ne les a (presque) jamais quittés. Il a également participé à la fondation des Hellacopters (qu’il a quittés, eux). Plus récemment, il a décroché le poste de guitariste officiel du légendaire Michael Monroe (ex-Hanoi Rocks). Et enfin, il s’est lancé en solo avec un premier album paru fin 2013, sur lequel il chante en plus de jouer de la guitare. Le parcours de Dregen est impressionnant et, surtout, irréprochable. C’est donc avec un immense plaisir que Daily Rock a profité de sa tournée récente en Suisse (en co-tête d’affiche avec Imperial State Electric, le groupe actuel de l’ancien leader des Hellacopters, Nicke Andersson) pour discuter avec le très sympathique et charismatique Suédois.


Alors, comment se passe cette tournée ? Et ces retrouvailles avec Nicke ?

Dregen : C’est fan-tas-tique. Je ne pourrais pas penser à une meilleure personne avec qui partager le tour bus. Parce que, tu vois, sur cette tournée on revient un peu aux racines : on a coupé dans les frais et on tourne à deux groupes dans le même – petit – bus. On partage aussi le même tour manager, le même backline, le même ingénieur du son, le même stand merchandising, etc. Et ça se passe très bien. Comme au bon vieux temps.


Et ça change quoi, de tourner avec le statut d’artiste ‘solo’ ?

Comme tu l’entends, ça fait que j’ai perdu ma voix… (rires) Non, mais plus sérieusement, ça fait… putain… 25 ans que je fais ça – je deviens vieux ! – et la musique c’est ma vie, c’est ce que je trouve le plus amusant à faire. Mais pour autant, quand tu fais un album, puis une tournée, puis un autre album, puis une autre tournée, etc., ça devient en quelque sorte – et je déteste ce mot – un job. Et même si c’est vrai que c’est mon travail d’être musicien, le fait de sortir mon premier album solo à quarante ans, ça me fait à nouveau me sentir comme quand j’en avais vingt. C’est vraiment une bouffée d’air frais et j’ai l’impression que de vivre une évolution dans ma carrière, comme un nouveau départ. J’ai été guitariste dans des groupes durant vingt-quatre ans, et là j’ai mon propre groupe où je suis le dictateur ! (rires)


Oui, c’est clairement un nouveau départ. Mais en l’espace d’à peu près une année tu as participé à la réalisation du nouvel album de Michael Monroe…

Oui…

Tu as écrit ton autobiographie…

Oui…

Et tu es devenu père…

Oui…

Alors pourquoi avoir encore ajouté l’écriture et l’enregistrement de ton premier album solo par-dessus tout ça ?

En fait, je crois que j’ai toujours eu cette idée dans un coin de ma tête depuis l’époque où j’ai dû choisir entre les Backyard Babies et les Hellacopters, en 1998. Je n’ai jamais eu le besoin impérieux de le faire avant, mais depuis cette époque j’ai toujours su que je réaliserais un tel album un jour. Mais j’ai toujours adoré être dans les Backyard Babies et ce n’est que quand nous avons décidé de faire une pause en 2010 que je me suis dit que c’était enfin le bon moment pour réaliser mon premier album solo.


Ca a quand même dû être une période très stressante, d’avoir tout ça à gérer en parallèle, non  ?

Oui, ça a été très stressant. J’ai d’ailleurs perdu tous mes cheveux d’un coup. Ils sont en train de repousser – blonds, je ne sais pas comment ça se fait (rires) – mais oui, ça a effectivement fait beaucoup en même temps, de composer et enregistrer deux albums, d’écrire une biographie de trois cents cinquante pages, devenir père et de partir en tournée avec Michael Monroe. Mais est-ce que ça en valait la peine ? Oui. J’ai un fils magnifique et deux albums excellents : c’est presque comme si j’avais eu trois bébés ! (rires)


En composant, comment faisais-tu le tri dans tes idées entre ce qui serait pour ton album solo et ce qui serait pour l’album de Michael Monroe ?

En réalité, je ne peux pas vraiment faire ça. Si je compose avec Michael Monroe et qu’une idée me vient, je n’arrive pas à la mettre de côté : tout ce qui me vient à ce moment-là est pour Michael Monroe. Mais pour être honnête avec toi, la musique que je compose convient à tous les deux, de toute manière. Pour autant, ça ne m’a pas empêché de faire quelques écarts sur mon album solo. Comme la chanson ‘Flat Tyre on a Muddy Road’, qui est très bluesy, et qui reflète le fait que j’ai écouté de blues toute ma vie, même si ça n’avait jamais transparu du temps des Backyard Babies ou des Hellacopters. Il y a aussi la chanson ‘6 :10’ qui a une sorte de beat disco/punk de la fin des seventies / début eighties, et dont l’influence vient peut-être d’ABBA...


Et est-ce que ça t’a aidé d’écrire ton autobiographie à peu près en même temps que tu composais ton album ? Est-ce que ça eu une influence sur tes paroles, par exemple ?

Oui, ça m’a aidé. Mon idée en composant ce premier album était que l’auditeur puisse se faire une idée, en l’écoutant, de ce qu’est ma collection d’albums. Il y a bien sûr beaucoup de punk rock, du Kiss, du Black Sabbath, du Thin Lizzy, mais il y a aussi – en tout cas moi je l’entends – du Beastie Boys, du blues, du garage rock, etc. Tu sais, les fans des Backyard Babies doivent penser que j’ai une collection d’albums de Mötley Crüe, alors que je n’en ai aucun !


Sérieusement ?

Non, je n’écoute pas vraiment Mötley Crüe. Je ne suis pas fan. Par contre, j’ai peut-être trente-cinq albums des Cramps, ce que tu pourras peut-être entendre sur des chansons comme ‘Gig Pig’, par exemple.


Donc si je comprends bien, tu voulais retranscrire ta vie plutôt en musique qu’en paroles ? Parce que c’est vrai que tu te dévoiles peu sur ton album. Tu n’évoques le suicide de ton père qu’en deux lignes sur ‘Flat Tyre on a Muddy Road’, par exemple…

Oui, je voulais que ça reste un album de rock’n’roll…


Et que ça doit donc rester fun, c’est ça que tu veux dire ?

Disons que si je voulais partir sur de l’intime, je publierais des livres plutôt que des albums. Tu sais, j’écris absolument toujours la musique en premier. Je n’écris les paroles qu’une fois que j’ai la structure et la mélodie. Ca n’est jamais arrivé que je me dise ‘oh, j’ai écrit ces paroles magnifiques, il faut que les mette en musique’.


A propos d’écriture, ton autobiographie n’est sortie qu’en suédois : est-ce qu’une version en anglais est prévue pour bientôt ?

Oui, ça sortira en 2014. A l’heure actuelle je n’ai encore rien signé, mais nous avons des contacts avec plusieurs éditeurs.


Très bien, bonne nouvelle ! Revenons-en à ton dernier album, et en particulier à la chanson ‘Mojo’s Gone’, qui parle des groupes qui se bradent ou qui perdent la foi… Quelle est ta vision de l’évolution du monde de la musique ?

Je ne sais pas, mais par exemple, comme je te l’ai dit tout à l’heure, nous en sommes à notre onzième show en onze jours sur cette tournée. Et c’est vrai que j’ai l’impression que beaucoup de jeunes groupes que je rencontre – et qui sont excelllents, la question n’est pas là – n’ont plus cet esprit travailleur, qu’ils sont un peu plus ‘paresseux’ que nous quand nous étions jeunes. Beaucoup n’investissent plus le temps qu’il faut pour tourner. Ils enregistrent une demo, l’envoie à cinq labels, ne décrochent pas de contrat et décident de se séparer ! Avec les Backyard Babies, on a bossé tous les jours pendant sept ou huit ans avant de se lancer… Donc ‘Mojo’s Gone’ est un peu une chanson nostalgique. Mais en même temps la situation actuelle est intéressante : tu ne vends plus beaucoup d’albums, mais ça ne veut pas dire que les gens ont arrêté d’écouter de la bonne musique. J’ai l’impression que les gens aiment encore plus la musique qu’avant. C’est juste qu’ils ne paient plus pour se la procurer…


Sur une note plus personnelle, comme on l’a dit, tu es devenu père il y a peu. Vois-tu déjà des changements dans ta vie de musicien professionnel ? Typiquement au niveau des tournées…

Oui, j’ai pris mon repas à 10h30 ce matin. Avant, je n’étais même pas encore couché à 10h30 du matin ! Donc je profite plus de mes matinées maintenant que je suis père. Mais surtout, je me réjouis qu’il soit un peu plus grand. Là il n’a pas encore une année, mais bientôt il va commencer à m’accompagner en tournée. Par exemple, dans quelques jours, nous serons à Madrid, une de mes villes préférées. Mais j’y suis allé, je ne sais pas, peut-être trente ou quarante fois : je me réjouis vraiment de lui montrer le monde à travers mes yeux, et de le voir à travers les siens.


Donc le job de musicien professionnel ne pose pas de difficulté particulière quand on a des enfants (je pense aux tournées, par exemple) ? Si je demande ça, c’est parce que je sais que les autres Backyard Babies ont déjà des enfants et que je m’étais dit que ça avait pesé dans le choix de faire une pause, ne serait-ce que pour passer plus de temps avec la famille et moins sur la route…

Non, on était juste fatigués de tourner sans cesse et on a décidé de faire une pause pour revenir avec un excellent album. On a quand même tourné pendant vingt ans ensemble et c’était devenu comme un mariage où on vivait ensemble mais où on ne baisait plus… (rires) La passion était partie et il était mieux de prendre un peu de temps loin les uns des autres.


La dernière fois qu’on s’est rencontrés, tu m’avais dit que cette pause des Backyard Babies durerait environ une année. Or, c’était au début 2010… Y a-t-il des plans qui se dessinent pour une reformation ou autre chose ?

Le plan était de s’y mettre bientôt (interview réalisée le 11 décembre 2013, NDR). Mais je dois être honnête avec toi : je suis déjà impatient d’enregistrer un nouvel album solo. Ce premier album n’était que la pointe de l’iceberg…


Et peux-tu imaginer avoir une carrière solo, une carrière avec les Backyard Babies et une carrière avec Michael Monroe ?

Oui, je peux. Mais en ce moment précis, je ne veux me concentrer que sur ce que je fais en solo. Je prends tellement de plaisir avec cette musique.


Tu vas donc continuer de tourner en solo en 2014 ?

Oui. Tu sais, je ne savais pas si les gens allaient aimer cet album solo, mais là j’ai déjà des engagements en Scandinavie, au Japon, en Amérique du Sud, dans les festivals de l’été… Donc je pense que ça va être difficile de trouver le temps pour un album des Backyard Babies en 2014… Peut-être en 2015.


Et du côté de Michael Monroe ?

Lui, il est en train de tourner en ce moment, avec un guitariste de remplacement. Ca a été un peu problématique, mais on en a discuté avec Michael et on a considéré que nos deux albums étaient trop bons pour ne pas les promouvoir en tournée tous les deux. Mais maintenant il a cet autre guitariste et tout est pour le mieux.


Un dernier mot sur Michael Monroe : j’imagine qu’il s’agissait d’une de tes idoles quand tu étais petit...

Oui, j’avais des posters de lui sur mes murs…


Alors qu’est-ce que ça fait de décrocher ce poste de guitariste, de devenir en quelque sorte le nouveau Andy McCoy (guitariste de feu Hanoi Rocks, NDR) ?

Je suis évidemment très reconnaissant. Et je tiens à relever que c’est un très très bon groupe où l’alchimie est extraordinaire. Ce sont tous des mecs formidables. Et j’ai le sentiment qu’on a écrit un vraiment très bon album avec ce ‘Horns and Halos’…


FICHE CD 

Nom de l’album : « Dregen »

Label : Universal Music

Website : www.dregen.se



Gilles Simon Photographies