Groupe mythique, symbole d'une époque, et évidemment auteurs de l'une des chansons les plus connues de ce dernier quart de siècle (qu'ils ont enregistrée en Suisse, pour l'anecdote) : Europe, c'est bien sûr cela. Mais c'est aussi un groupe qui a su se réinventer totalement depuis sa reformation il y a une dizaine d'années. Et quitte à décevoir les fans des eighties, c'est bel et bien vers les seventies que lorgne leur nouvel album 'Bag Of Bones'. Daily Rock a profité de la venue en Suisse des Suédois pour tendre son micro au légendaire – et sympathique – Joey Tempest.


Ca ne sera que votre second concert depuis la sortie de 'Bag Of Bones' : pas trop nerveux à l'idée de jouer ces nouvelles chansons ?

Joey Tempest : En fait, nous sommes toujours en train de sentir comment ça se met en place. Je ne pense pas qu'on changera grand chose par rapport à la première fois. Il nous faudra trois, quatre, peut-être cinq concerts pour être bien en place. Mais c'est amusant et excitant de jouer des morceaux pour les premières fois.


Bag Of Bones’ sonne très seventies, plus que vos précédents albums. Était-ce une décision consciente depuis de début du processus d'écriture ?

Non, je crois que c’est venu de façon naturelle, automatique. Nous avons beaucoup tourné et nous avons commencé par nous exprimer de cette manière, avec un peu de soul, de blues, de rock. C’est une façon de vivre. Tu sais, les groupes qui prennent trois ou quatre ans pour faire un album vont délivrer quelque chose de plus poli, de plus parfait. Mais nous, on est sur la route et on part directement en studio ensuite. Je pense que cette approche seventies vient du fait que nous avons beaucoup joué en live, parce que c’est aussi ce que les groupes faisaient à l’époque : être tout le temps sur la route et tout à coup débarquer en studio pour vite enregistrer un album. Ce qui s’est passé, c’est que ‘Doghouse’ a été la première chanson que nous avons écrite, et nous avons alors senti que nous avions un nouveau mode d’expression : du rock plus direct. Nous voulions faire un album de rock plutôt que de hard rock ou de heavy metal. Des chansons comme ‘Not Supposed To Sing The Blues’ ou ‘Riches To Rags’ sont également venues tôt dans le processus d’écriture et ont alors donné le ton d’un album qui aurait une dynamique plus seventies. Franchement, on adore les albums de cette époque. Et je pense qu’on revient automatiquement à nos influences les plus fortes. Sur nos anciens albums, nous avons peut-être ‘utilisé’ la seconde vague des seventies comme Thin Lizzy ou Whitesnake. Mais nous n’avions pas encore atteint la première vague, la plus profonde, la plus influente, celle de Led Zeppelin ou Deep Purple. Avec ce nouvel album, nous nous y sommes connectés. Nous sommes revenus à l’époque de notre prime adolescence, là où les influences sont les plus marquantes .


Mais pour un groupe comme Europe qui est un véritable symbole des eighties, n’est-ce pas surprenant de sonner seventies ? Surtout avec le revival du hard des années quatre-vingt qui s'est produit ces dernières années… Ne subissez-vous pas de pression, par exemple de votre label, pour retourner vers un rock plus typé eighties ?

Non, nous on va dans l’autre sens (rires). Tu sais, on n’écoute plus ce que les gens nous disent, dorénavant. On fait notre truc et… il semble que ça fonctionne. C’est vrai qu’il y a actuellement une recrudescence de groupes de AOR ou de rock mélodique. Très bien. Mais… on a déjà fait ça avant ! (rires) Nous n’avons pas envie de refaire la même chose. Nous voulons évoluer et partir dans une nouvelle direction. Si les gens veulent écouter de la musique typée années quatre-vingt, ils peuvent écouter les groupes dont nous venons de parler.


Est-ce que tu te sens un peu le ‘parrain’ de cette scène influencée par les eighties ?

Non, pas vraiment… mais c’est flatteur de laisser entendre qu’on pourrait l’être !


Tu habites à Londres depuis très longtemps : te sens-tu encore connecté à la Suède ?

Oui, bien sûr, j'y vais souvent : mes parents et mon frère y vivent toujours, notre management s'y trouve, tous les autres membres du groupe y vivent aussi – même si John Norum se partage entre Stockholm et Los Angeles –, et nous avons un local de répétition à Stockholm. Donc je suis très en lien avec la Suède. Nous y avons beaucoup de fans et les médias y sont sympas avec nous... ces temps (rires). Nous avons toujours eu une relation 'instable' avec la Suède au fil des années. Mais je crois que nous sommes acceptés dorénavant.


Ça n'a pas toujours été le cas ?

Et bien, disons que j'ai l'impression que ton pays d'origine peut se comporter de façon bizarre quand ton groupe rencontre un succès international... En tout cas pendant un moment. Mais ils semblent être fiers de nous maintenant.


Est-ce que tu penses retourner en Suède un jour ? Car à écouter les chansons 'Bag Of Bones' ou encore 'A Place To Call Home' sur ton album solo du même nom, on peut avoir l'impression que tu as parfois le mal du pays...

(sourire) J'ai l'impression de toujours parler de ça... Mais non, ça fait 25 ans que je vis à Londres et je n'ai plus le mal du pays. Londres et l'Angleterre sont mon 'chez moi'. Mais je suis tout le temps à Stockholm et j'y lis les journaux... Je suis toujours intéressé à lire ce qu'ils écrivent sur Europe !


Justement, tu dois être plutôt heureux de l'accueil qui y a été fait à 'Bag Of Bones'...

Oui, nous sommes très contents. Nous avons commencé à la première place dans le classement rock et à la deuxième place dans le classement général national.


D'ailleurs la responsable de ton label vient de me dire tout à l'heure que vous avez fait votre meilleure entrée dans les charts suisses depuis 25 ans...

Oui, et c'est la même chose dans toute l'Europe. C'est génial. Ce sont les meilleurs classements – mais aussi les meilleures critiques – que nous ayons reçus depuis l'album 'Out Of This World' en 1988 !


Comment expliques-tu cela ?

Comme je te l’ai dit auparavant, je pense que c’est parce que nous faisons quelque chose de différent et pas uniquement ce que les gens attendent de nous. Parce que si tu veux suivre la mode et ce qui marche dans les médias, tu es presque déjà largué… Tu vois de quoi je parle ? Le revival eighties dont nous parlions, il s’est déjà produit. Pour en revenir à la question, je pense que c’est parce que nous tentons notre chance. Et Kevin Shirley, qui a produit ‘Bag Of Bones’, a compris ce que nous voulions. Je lui ai dit de ne pas trop en faire au niveau du mix, parce que je voulais de ‘l’attitude’ sur cet album. Kevin a fait de super mix sur le premier album de Black Stone Cherry, comme sur l'une de mes chansons préférées qui s'appelle 'Rain Wizard'. Je lui ai alors dit : si tu réussis à capter ce type d’expression dans nos chansons, ça sera génial. Il a ce feeling, tu vois. Et il nous a donc beaucoup aidés.


Juste un petit retour en arrière temporel : est-ce que tu réalises que vous n’êtes ici qu’à un dizaine de kilomètres du Powerplay Studios ?

Nous en parlions justement dans le tour bus. John Leven disait précisément qu’il pensait que nous n’étions pas loin de Maur.


Si je relève ça, c’est parce que j’ignorais que vous aviez enregistré une partie de 'The Final Countdown' en Suisse… Je ne l’ai appris qu’en préparant cette interview…

Oui, nous avons quasiment enregistré tout l’album ici. Toute la musique a été enregistrée à Maur et j’ai enregistré les vocaux à San Francisco et Stockholm. Plus précisément, il n’y a que les vocaux de la chanson qui donne son nom à l’album qui ont été enregistrés à Stockholm. Tous les autres vocaux ont été enregistrés à San Francisco.


Est-ce que tu regrettes parfois d’avoir composé ce fameux titre ? Parce que même 25 ans plus tard, si on parle de Europe à quelqu’un, ça sera forcément cette chanson qui sera citée…

Non, c’est ok pour nous. Parce qu’on a une relation différente avec cette chanson. Pour nous, c’est un morceau d’un album. Nous avions envie d’une chanson pour ouvrir l’album et pour faire l’intro de nos concerts. Et nous l’aimons. On ne la chante pas sous la douche, mais par contre on aime toujours la jouer en concert… Et franchement, c’est vraiment une bonne chose d’avoir une telle chanson parce que les gens la découvrent et ça les amène à écouter nos autres chansons.


Si tu pouvais revenir en arrière dans le temps, que dirais-tu à ce mec (je lui montre sa photo sur le premier album de Europe, datant de1983?

Hum… Prends les choses avec calme. Tout ça n’est pas si sérieux. Ca n’est que du rock’n’roll (rires).


Et si tu pouvais changer une chose dans ta carrière ? As-tu des regrets ?

Non, pas vraiment. Bien sûr, quand John (Norum) a quitté le groupe le temps de deux albums, ça a été une période bizarre. Mais d’une certaine manière, ça nous a aussi fait du bien, car quand on s’est réunis le lien a été encore plus fort qu’avant. Et on a toujours fait du mieux qu’on pouvait, année après année.


Tu n’aimes donc plus particulièrement ‘Prisoners In Paradise’, par exemple ? Parce qu’en ce qui me concerne, c’est peut-être mon album préféré de Europe…

Non non, c’est un bon album. On avait changé de formule après ‘Out Of This World’. Il y avait déjà un peu de blues sur ‘Prisoners…’. Il nous a permis de montrer qu’on avait évolué, il ne sonnait pas comme les précédents, pas comme ‘ The Final Countdown’. Mais il a été fait à Los Angeles car nous avons vécu un bon moment en Californie à l’époque. Or, ça aurait été bien si on était revenus en Europe un moment pour travailler un peu sur cet album, histoire de faire la balance. Parce qu’on sonne un peu comme un groupe américain sur ‘Prisoners…’. Pas beaucoup, mais quand même un peu. Mais c’est ok, je l’aime toujours.


Et si nous parlions brièvement du futur : est-ce que tu penses que vous avez enfin défini le son du nouveau Europe avec ‘Bag Of Bones’ ? Ou est-ce que tu entrevois déjà un changement à venir ?

Sur ‘Bag Of Bones’, on a vraiment apprécié la façon d’enregistrer : en live, dans un vieux studio. Chacun dans le groupe a adoré. Donc on va certainement partir sur un album ‘similaire’. Mais il sera de toute manière différent, car on part maintenant pour une ou deux années sur la route et c’est là que les idées viennent, qu’on réfléchit à ce qui va suivre. Donc c’est impossible de te répondre précisément à l’heure actuelle. Mais nous aimons la façon dont nous avons enregistré ‘Bag Of Bones’ et la façon dont il sonne.


Si je te pose la question à toi, c’est aussi parce que tu es clairement la force principale d’écriture de Europe, raison pour laquelle je me disais que tu avais peut-être déjà planifié les choses…

Oui. Comme je t’ai dit, on va tourner pas mal cette année et l’année prochaine. Et en 2014, nous allons sortir notre dixième album. C’est déjà planifié et on se réjouit.


Nous aussi !

 

FICHE CD 

Nom de l’album : « Bag Of Bones »

Label : www.ear-music.net

Website : www.europetheband.com



Gilles Simon Photographies