Quand on est fan d'un groupe, on peut avoir tendance à exagérer l'impact qu'il aura eu sur l'histoire de la musique, à fantasmer son statut de groupe culte, bref à le “gonfler” de tout son amour et son admiration. Mais tout ça reste subjectif. Et puis il y a les groupes dont le statut d'icônes rock est tout à fait objectif. Les Ramones en sont l'incarnation. Un nom magique. Un look inimitable (enfin, si, imitable, mais casse-gueule quand même...). Un logo mythique. Une musique aussi simple qu'éternelle. Marky Ramone, leur batteur de 1978 à 1983, puis de 1987 à leur dissolution en 1996, était récemment en tournée européenne avec son groupe solo Marky Ramone's Blitzkrieg. Daily Rock a eu l'honneur et le plaisir de parler avec lui quelques minutes avant son unique concert en Suisse, au très accueillant (qualificatif qui s'applique tant à la salle elle-même qu'aux organisateurs du concert, Drybrain.ch) Schützi de Olten.


Te souviens-tu de la dernière fois où tu es venu en Suisse ?

Marky Ramone : Non, mais tu vas me rafraîchir la mémoire...

Euh, j'en sais rien (merde, je l'avais pas vu venir, celle-là : Marky : 1 – Moi : 0)...

(rires) Ca date de l'époque des Ramones, mais tout ce que je sais c'est qu'il faisait froid, qu'il neigeait et qu'on avait eu un timing très serré. J'avais joué et j'étais reparti le lendemain, sans avoir le temps de visiter...


Alors, quelle est ton actualité ?

Ce groupe-ci, Marky Ramone's Blitzkrieg, mon émission radio sur Sirius/XM Radio où je suis DJ et je fais aussi quelques apparitions en tant que DJ dans le monde. Sinon, j'ai aussi récemment lancé ma propre sauce pour les pâtes, qui s'appelle Marky Ramone's Brooklyn's Own Pasta Sauce. J'en ai choisi les ingrédients et elle est pour l'instant servie à New York, au restaurant de Daniel Boulud, le DBGB's. Et comme il s'agit de l'un des cinq meilleurs chefs du monde, ça devrait faciliter la distribution de ma sauce dans le pays. Par ailleurs, il s'agira en plus d'un collector, car le graphisme des pots est l'oeuvre d'un artiste excellent appelé Vince Ray. Sinon... non, je crois que c'est tout pour l'instant ! Ah oui, j'ai aussi une vidéo d'initiation à la batterie qui est sortie. Voilà, c'est tout, là. On ne peut pas non plus tout faire à la fois, sinon on se perd...


Comment expliques-tu le statut mythique acquis par les Ramones ?

Eh bien, je dirais déjà que le fait que trois d'entre eux sont morts favorise l'accès à un statut “mythique”... Malheureusement. Mais je pense que c'est surtout la musique, le contenu des paroles, l'énergie qu'on dégageait, le nombre de groupes qu'on a influencés. Et on était réels. On n'était pas “manufacturés” par une maison de disques, on était de la rue. Et ça, les gens le sentent. Ils voient au-travers de la mode. Les Ramones n'étaient pas une mode.


Ca n'est pas un secret, Joey (chant) et Johnny (guitare) ne se sont plus jamais parlé depuis le début des années 80, soit durant près de 18 ans (jusqu'au décès de Joey en 2001)... Ca paraît difficile d'imaginer un groupe tenir aussi longtemps avec deux membres qui ne s'adressent pas du tout la parole...

Et pourtant, c'est vrai. Ils se haïssaient. Moi j'étais au milieu. En fait, si le groupe a finalement explosé, c'est parce que Joey et Johnny ont chacun développé un cancer à force de tout garder à l'intérieur. J'ai dit à Johnny “Va voir Joey à l'hôpital et mets les choses à plat” lorsque Joey était en train de mourir, mais il a refusé. C'est dire à quel point c'était allé. Tu sais, à la base, avant même d'intégrer les Ramones, j'étais très copain avec Dee Dee. Alors quand il a quitté les Ramones (en 1989), je me suis retrouvé entre Joey et Johnny. J'étais ami avec les deux, mais je ne l'ai jamais été autant que de Dee Dee.


Y a-t-il un groupe que tu pourrais appeler les nouveaux Ramones ?

Non. Tu en connais un ?

(Ah, merde, je l'ai pas vue arriver non plus, celle-ci : qu'est-ce que je fais, je tente le coup et je lui dis les Backyard Babies ? Bah, non, ça ne vaut pas le coup et c'est vrai que les Ramones sont uniques, de toute manière... Ca m'apprendra à poser des questions à la con ! Marky . 2 – Moi : 0). Euh... Non.

En fait, des groupes comme les Ramones, il n'y en a que tous les 30 ou 40 ans... On peut espérer qu'il y en aura un dans les 10 ans à venir. Mais qui y a-t-il aujourd'hui : U2 ? Ils sont bons, ils sont énormes, mais ils ne sont pas les Ramones. Pearl Jam ? Ils ne sont pas les Ramones. Green Day ? Ils sont bons, mais ne sont pas les Ramones. Si je dis ça, c'est parce que les Ramones ont lancé tout un mouvement, sans lequel ces groupes n'existeraient pas aujourd'hui.


Justement, les Ramones ont débuté en 1974. On parle toujours des Sex Pistols, mais ils sont venus plus tard. Ce sont bien les Ramones, les “pères” du punk...

Oh, les Sex Pistols, c'est un groupe manufacturé. Ils sont arrivés plus d'une année et demie après les Ramones. Leur album était super, et il faut leur laisser le crédit pour celui-ci. Mais ils ont eu beaucoup d'aide pour le faire et ils ont bénéficié de l'intelligence de leur manager, Malcolm McLaren...


Ca signifiait quoi, d'être membre des Ramones ?

C'était être membre d'une famille, avec certains membres qui s'entendaient et d'autres non. Mais Joey et Johnny ne pouvaient pas divorcer, parce qu'ils aimaient jouer la musique des Ramones. Et c'est ce que je continue à faire avec mon groupe aujourd'hui : jouer la musique des Ramones. Parce que je dis que ces chansons sont trop bonnes pour ne pas être jouées.


Y a-t-il quelque chose de particulier que tu souhaiterais encore faire dans ta carrière ?

Non, je suis déjà monté sur la montagne. Je suis très content de ce que j'ai fait. J'aimerais que Joey, Johnny et Dee Dee soient vivants, mais ça n'arrivera jamais. Je me concentre sur les bons moments que j'ai eus et je vais continuer à jouer ma musique pour les nouvelles générations.



FICHE CD 

Nom de l’album : «Start of the Century»

Label : Media David

Website : www.markyramone.com

Gilles Simon Photographies