A l'occasion de la promo du nouvel album de Placebo (« Battle for the Sun »), nous sommes allés à la rencontre du groupe. Mais pour une fois, ce n'est pas Brian Molko qui s'exprime. Rencontre dans un grand hôtel zurichois avec Stefan Olsdal, l'autre membre fondateur et permanent de Placebo.


« Battle for the Sun » est votre sixième album : comment le présenterais-tu à tes fans et comment le présentreais-tu à ceux qui n'ont pas vos anciens albums ?

Si tu écoutes cet album, c'est du Placebo : il y a toujours la voix reconnaissable de Brian et on est toujours un groupe de rock. Tout ça est encore là.. Par contre, musicalement, je pense qu'on a « poussé notre son » sur cet album. Par exemple, on a accentué l'élément pop que l'on trouvait déjà sur certaines de nos anciennes chansons, comme Special K, par exemple. Tu retrouves ça sur Bright Lights ou Kings of Medicine. On a aussi développé le côté épique qu'on trouvait sur Without you I'm Nothing ou Song to Say Goodbye par exemple, et ça tu le retrouveras sur Battle for the Sun ou Speak in Tongues, qui sont des chansons où on a intégré des instruments à corde, des cuivres, etc. En résumé, je dirais à nos fans que l'aspect pop est plus pop, l'aspect épique est plus épique et que le son de guitare est plus brut, voire plus hard qu'auparavant. Et pour ceux qui ne connaissent pas encore Placebo, je dirais qu'on est un groupe de rock, tout simplement !


S'il est très clair qu'on reconnaît Placebo sur cet album, il y a quand même une chose qui surprend, c'est cet aspect plus « joyeux » qu'auparavant...

Oui, c'est vrai, il est plus coloré. Je pense que le groupe est plus heureux qu'avant. On a eu un apport de sang neuf dans le groupe avec l'arrivée du nouveau batteur, Steve Forrest. Il nous injecté l'énergie de sa jeunesse, ce dont Brian et moi avions besoin. « Meds » (l'album précédent du groupe, ndr) et toute la tournée Meds étaient une période noire pour le groupe, qui était comme anesthésié. On avait besoin de sortir de l'obscurité pour vivre une vie plus joyeuse. On est désormais plus optimiste pour l'avenir qu'on ne l'a été depuis longtemps. Et c'est un sentiment que tu vas retrouver sur l'album.


Et donc l'arrivée de Steve Forrest, 22 ans, a participé à ce nouvel élan ?

Oh oui, il y a clairement participé. Il fait les choses pour la première fois, alors que Brian et moi on les vit depuis 13 ans. Ca nous fait du bien de retrouver cet enthousiasme des débuts à travers lui.


Mais a contrario, n'a-t-il pas été difficile pour toi, en tant que bassiste, de former une nouvelle section rythmique après avoir passé 13 ans avec le même batteur ?

Non, c'est venu très vite. On savait qu'il serait bon. Et l'avantage de sa jeunesse et qu'il peut s'adapter vite. Bien sûr, c'est différent, mais c'est allé tout seul.


« Battle for the Sun » marque également une étape importante pour vous puisqu'il s'agit de votre premier album à ne pas sortir au sein d'une major (les 5 premiers étant sortis chez Virgin/EMI). Ce choix de votre part peut paraître bizarre, non ?

C'est génial ! Tu sais, l'avantage des majors, c'est qu'elles peuvent allonger beaucoup de pognon, en particulier de larges avances. Mais le problème, c'est qu'ensuite elle te « possèdent » toi et tes enregistrements pour un très long moment. Dans le cas présent, on était arrivé à la fin d'un contrat de 5 ans avec une major et on ne voulait pas se retrouver une nouvelle fois dans la même situation. Tu sais, quand on a signé avec EMI UK en 1995, on s'est automatiquement retrouvé liés à EMI Japon, EMI Australie, EMI Etat-Unis... Mais une telle situation ne signifie pas pour autant que EMI Etat-Unis, par exemple, t'apprécie ou veut te promouvoir. Typiquement, ça nous est arrivé aux States et ça nous a vraiment frustrés d'être en tournée là-bas sans avoir aucun soutien du label local. En résumé, tu perds le contrôle quand tu es sur une major. Et même maintenant qu'on n'est plus chez eux, ils continuent d'avoir les droits sur nos albums et peuvent en faire ce qu'ils veulent sans qu'on n'ait rien à dire. C'est d'ailleurs exactement ce qui se passe puisqu'ils sortent justement un box set (une « intégrale » avec 8 cd et 2 dvd, ndr) le même jour que « Battle for the Sun », sans qu'on ait eu notre mot à dire. Maintenant qu'on s'est constitué une solide fan base à travers le monde, on a décidé de reprendre le contrôle. Et en signant avec 8 ou 10 labels différents à travers le monde, on est certains de travailler à chaque endroit avec des personnes qui apprécient Placebo et qui sont prêtes à assurer notre promo.


Penses-tu qu'Internet, et toutes les possibilités de promotion alternative qu'il offre, vous a facilité le choix de vous lancer dans un tel pari d'indépendance ?

Je pense que quels que soient les aspects négatifs qu'Internet a pu avoir sur la musique, le positif c'est que désormais les kids peuvent choisir librement ce qu'ils veulent écouter. Il y a 15 ans, c'étaient encore les majors et MTV qui te dictaient quoi acheter et quoi écouter. Sur Internet, un petit groupe qui joue dans une chambre à coucher a la même page Myspace que Madonna, c'est beaucoup plus démocratique ! Perso, je deviens accro à Spotify, qui est une sorte d'Itunes, mais en streaming. C'est gratuit, tu peux écouter tout ce que tu veux, mais tu ne peux pas télécharger. Parce que c'est vrai que les téléchargements gratuits font du mal : les gens doivent réaliser que ce n'est pas gratuit d'enregistrer de la musique, qu'en plus des groupes il y a beaucoup de personnes impliquées dans ce processus (les studios, les producteurs, les gens des labels, etc.) et que tous ces gens sont affectés au final...


Est-ce pour contrer ces téléchargements que vous avez décidé de sortir « Battle for the Sun » en version deluxe, histoire d'offrir plus que l'habituel cd dans une boîte en plastique ?

On a toujours fait des éditions limitées, dès le premier album. Mais maintenant, le format « physique » est en train de devenir un objet pour collectionneur... Par exemple, moi qui suis un grand fan de Depeche Mode, je ne vais pas acheter le cd normal, j'achèterai le coffret. Je pense que ces versions collector sont réservées aux fans et que ceux-ci continueront à les acheter. Par contre, les versions normales, style boîte en plastique, n'ont plus d'avenir : ceux qui ne sont pas vraiment fans se contenteront du format digital qu'ils iront piocher sur Internet.


Dernière question : si tu regardes en arrière sur les 13 dernières années, que changerais-tu dans la carrière de Placebo ?

Le passé ne peut pas être changé, mais... peut-être que je changerais quand même certains des habits catastrophiques qu'on a pu porter ! Et peut-être que je changerais aussi le fait d'avoir parfois été trop honnête ou trop bavard avec la presse quant à nos styles de vie, ce qui nous a valu certaines critiques...



FICHE CD 

Nom de l’album : « Battle for the Sun»


Website : www.placeboworld.co.uk



Gilles Simon Photographies