Le dixième album de Dream Theater, “Black Clouds and Silver Linings”, c'est 75 minutes (c'est beaucoup) de metal progressif réparties en six chansons (c'est peu). Alors bien sûr, une fois de plus, ils ne font pas l'unanimité. Mais franchement, n'est-ce pas mieux ainsi ? Rencontre avec John Petrucci lors de leur dernier passage en Suisse.


Votre nouvel album est souvent décrit comme sombre, mais comment le présenterais-tu ?

John Petrucci : En réalité, il débute de façon sombre, mais chaque chanson est différente. La seul à être vraiment sombre est la première.


Cet album dure 75 minutes mais contient seulement six chansons : était-ce délibéré de faire des chansons si longues ?

Non, ça s'est juste donné comme ça. On a commencé à écrire la première et ça s'est rempli très vite ! Mais on n'avait pas prévu initialement de ne faire que quelques chansons.


Tu as écrit les paroles de quatre des six chansons et il ressort de tes textes que tu sembles aimer racontrer des histoires...Projetterais-tu d'écrire un livre un jour ?

Oui, tu as absolument raison ! J'adorerais écrire un bouquin et peut-être que je le ferai un jour. J'y pense. D'ailleurs, je considère que le type de musique qu'on fait avec DT – et en particulier les chansons les plus longues – amène naturellement à écrire des histoires.


Alors justement, si on s'intéressait à ces paroles en commençant par la première chanson, intitulée “Nightmare to Remember”:

C'est une histoire qui s'est passé quand j'étais petit. On revenait du mariage de mon cousin avec toute ma famille quand on a eu un accident de voiture. A l'époque, personne ne portait de ceinture de sécurité et on s'est tous retrouvés à l'hôpital avec mon père en particulier qui a été sérieusement blessé. C'était vraiment une expérience traumatisante.


Best of Times” a quant à elle été écrite par Mike Portnoy en hommage à son père : cet album est-il particulièrement personnel pour vous ?

Il l'est, oui. Mais tu sais, tout ce que j'écris est très personnel. A part en ce qui concerne la chanson “Rite of Passage”, où j'ai juste écrit sur les francs-maçons et leur l'imagerie, les théories de la conspiration du genre Dan Brown, etc. En réalité, un sujet très intéressant sur lequel on pourrait écrire tout un album !

Et la chanson “Count of Tuscany”, c'est aussi une histoire vraie ?

Oui, c'est une histoire bizarre qui nous est arrivée à un ami et à moi. On était allés visiter un vignoble en Toscane et on s'est retrouvés dans un vieux château qui appartenait à une famille, avec ce Comte ainsi que son frère et son père. Ils nous ont montré un saint momifié dans une chapelle et ils nous ont raconté des histoires de soldats qui, pour échapper aux allemands, s'étaient cachés dans des tonneaux de vin mais n'en étaient jamais ressortis, ainsi que d'autres histoires dans le genre ! C'était plutôt effrayant...


Wither”, dont tu as écrit les paroles et la musique, est la chanson la plus rock'n'roll de l'album : est-tu le vrai rocker du groupe ?

(Rires) Je pense que si tu écoutes mes albums solos, tu peux voir d'où je viens. Dream Theater est très rock'n'roll. Enfin, c'est du prog, mais c'est très heavy metal rock et ça vient principalement de la guitare, qui est la nature même du rock. En ce qui concerne “Wither”, je l'ai écrite au piano, je l'ai montrée aux autres et on l'a jouée. Mais si tu es dans un groupe de metal et que tu es guitariste, tu ne peux pas échapper au rock. Et j'en suis fier !


Sur “Best of Times”, tu fais un solo absolument incroyable...

Oh, merci ! L'histoire derrière ce solo est qu'en fait, la première fois qu'on a enregistré cette chanson, j'avais fait une sorte de “scratch solo”. Mike (Portnoy) a alors fait écouter la chanson à son père, qui lui a demandé de me dire qu'il adorait le solo. Ca n'était pas le vrai solo, mais après que le père de Mike soit décédé, j'ai vraiment essayé de coller au maximum à cette première version lorsqu'il s'est agi d'enregistrer le solo pour l'album.


Vu que vous n'habitez pas au même endroit, comment composez-vous au sein de Dream Theater ?

Quand on était un jeune groupe, on répétait tout le temps et c'est comme ça qu'on composait. Mais maintenant, on ne répète plus. Ce qu'on fait désormais, c'est que quand il est temps d'aller en studio, on y déménage littéralement. On y ramène tout notre matos et on écrit ensemble durant quelques mois. Pour celui-ci, par exemple, on s'est enfermés d'octobre à mars. On ne travaille pas par internet.


Vous avez aujourd'hui tous une famille, avec des enfants. Comment ça se passe en tournée ?

J'adore être en tournée, mais le plus dur c'est évidemment d'être loin de ma famille, de mes trois enfants. Par exemple, ma fille de 10 ans était malade la semaine dernière, et je me sentais vraiment mal de ne pas pouvoir être auprès d'elle. Mais pour te répondre, quand on tourne, on essaie de fractionner ça en tranches de 4 semaines maximum et ensuite on rentre un moment à la maison. Pendant l'été, c'est plus simple : les enfants n'ont pas l'école et ils viennent avec nous !


FICHE CD 

Nom de l’album : « Black Clouds and Silver Linings »

Label : Roadrunner Records

Website : www.dreamtheater.net


Gilles Simon Photographies