Après être déjà venu à La Chaux-de-Fonds avec le groupe ESP (Eric Singer Project), l’ancien guitariste de Kiss (de 1984 à 1996) a remis ça récemment en solo pour une soirée « semi-privée », toujours à l’initiative de l'infatigable chaux-de-fonnier Kissman (alias Alain Fahrni). Daily Rock en a profité pour parler longuement avec Bruce Kulick, principalement de son nouvel album intitulé « BK3 » (date de sortie : février 2010), mais pas seulement…



Là tu fais juste 4 dates « privées » en Europe, mais est-ce que tu prévois de revenir pour faire la promo de BK3 ?

Bruce Kulick : C’est surtout une question d’organisation de l’agenda, mais oui, j’en ai envie. D’une certaine façon, venir en Europe est, plus intéressant que de tourner en Amérique.


Pourquoi est-ce plus intéressant ?

Eh bien, j’ai le sentiment que le rock’n’roll est plus célébré en Europe. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de bonnes salles en Amérique, mais durant les 10 dernières années, j’ai l’impression qu’il y a eu plus d’intérêt pour moi en tant qu’artiste en Europe. Par ailleurs, si tu prends Kiss, par exemple, plusieurs shows de leur tournée européenne 2010 se sont retrouvés complets en quelques jours. En Amérique, ils fonctionnent bien, mais ne remplissent pas chaque show.


Qu’est-ce qui t’a motivé à enregistrer un troisième album solo et comment le décrirais-tu ?

Les deux premiers albums ont eu des très bonnes réactions, mais je n’avais pas de grandes aspirations pour eux. Le premier consistait à me jeter à l’eau pour la première fois et apprendre à nager. Pour le second, j’avais pris confiance, mais de nouveau, je ne l’ai pas amené aux labels ni fait d’efforts pour la distribution et je l’ai vendu moi-même. Pour BK3, le gars qui produit mon album, Jeremy Rubolino, voulait faire « l’album ultime de Bruce Kulick » avec, en plus et pour autant que la chanson s’y prête, des invités. Donc dès que Jeremy a été impliqué, ça m’a poussé énormément. Ensuite, tout s’est très bien déroulé, depuis l’écriture jusqu’à l’enregistrement, où j’ai eu tout ce que je voulais : d’excellents ingés son, un studio professionnel, des invités qui ont acceptés de venir jouer sur mon album et qui ont fait un super job… BK3 devait être mon meilleur album, mon « Revenge » (allusion à l’excellent album de Kiss, NDR), et j’y suis parvenu. Mais je sais que je n’y serais pas arrivé tout seul, c’est pourquoi je suis reconnaissant à Jeremy et à tous mes invités, parce que je suis très content du résultat. Et je suis aussi très content de pouvoir enfin en parler, parce qu’il est prêt depuis un petit moment, mais ça a pris du temps d’organiser la distribution, la publicité : c’est la première fois que j’ai une équipe derrière moi pour la publicité et le support (Frontiers Records en Europe et Rocket Science Ventures aux USA, NDR). Tout ça, c’est nouveau pour moi, mais c’est vraiment enthousiasmant.


Comment as-tu travaillé sur BK3, et en particulier avec tes invités ?

En fait, chaque chanson a sa propre recette. Par exemple, sur celle avec Gene (Simmons, de Kiss, NDR), on bossait tous les deux à trouver quelque chose d’excitant, mais c’est quand Jeremy s’est impliqué dans l’écriture que ça a pris un vraie direction. Gene chantait tout le temps « I’ll never die » ou « I ain’t gonna die » et en cherchant à composer les paroles, j’ai compris qu’en réalité c’est son héritage qui ne mourrait jamais. C’est l’idée de la chanson qui s’intitule finalement « Ain’t Gonna Die » et dont les paroles sont un travail où Gene, Jeremy et moi avons collaboré. Sinon, j’ai en grande partie écrit les paroles de toutes les chansons où je chante moi-même, avec souvent la contribution de Jeremy. Quant à Doug Fieger (chanteur de The Knack, groupe connu pour sa chanson « My Sharona », que Michael Youn a détournée pour en faire « Comme des connards », NDR), il n'a pas composé de paroles et n'a fait qu'adapter quelques petites choses au niveau du chant sur “Dirty Girl”, chanson sur laquelle il a fait un super boulot. Pour la chanson “I'm the Animal” on a travaillé sur les paroles tous les deux avec Tobias (Sammet, leader de Edguy et Avantasia, NDR). Il avait d'ailleurs un autre titre en tête, du genre “Being a Dog” ; mais même si j'adore les chiens et que j'en ai un moi-même, j'avais toujours gardé ce titre en tête depuis qu'une fille avait pris l'habitude de me dire que j'étais un animal... Ensuite, sur “No Friend of Mine”, John Corabi (ex-The Scream, ex-Mötley Crüe, ex-Union avec Bruce Kulick, notamment), qui a un esprit plutôt torturé, avait un très bon point de vue sur le combat avec soi-même pour être le meilleur possible et faire ce qui est juste. Je n'ai pas fait grand chose pour ces paroles, qui ont principalement été écrites entre John et Jeremy. Tu sais, chaque chanson a sa propre histoire et j'essaie d'avoir une relation personnelle avec chacune, mais celle qui est certainement la plus personnelle est “I'll Survive”, qui concerne la fois où je me suis fait tirer dessus sur Sunset Boulevard (cf. track by track, NDR).


Bien que je sache qui tu es, si je devais décrire BK3, je dirais qu'il s'agit plus d'un album de songwriter que d'un album de guitariste à la Vai ou Satriani...

Oh, merci ! Je préfère clairement avoir un album avec des bonnes chansons sur lesquelles il y a de bonnes parties de guitare que de n'avoir qu'un feu d'artifice de guitares. J'aime raconter des histoires, avec des bons solos, mais des histoires. La guitare n'a pas à être toujours en première place : un bon solo, c'est comme le sucre glace sur le gâteau !


Y a-t-il un invité que tu souhaitais avoir sur l'album et qui n'a pas pu ou voulu être présent ?

Oui, bien sûr : Paul McCartney ! (rires) Non, sérieusement, il s'agissait aussi pour moi d'avoir des invités d'une part que je pouvais avoir, mais surtout avec qui j'avais une relation personnelle, pas des gens que je ne connais pas du tout. Mais par exemple pour Steve Lukather (guitariste de Toto, NDR), bien que je le connaisse, j'étais intimidé à l'idée de lui demander de jouer sur mon album. C'est un guitariste tellement intimidant et extraordinaire...


Tu étais le guitariste de Kiss, une rock star que tout le monde connaît, et tu es toujours intimidé ? C'est plutôt surprenant, non ?

Mais je suis toujours un fan ! C'est d'ailleurs ce qui m'a amené à faire ce que je fais. Mais tu sais, même à “haut niveau”, tout le monde dans le milieu est fan de quelqu'un d'autre, que ce soit Paul McCartney de Brian Wilson, Ace Frehley de Hendrix ou de Pete Townshend, etc. Tiens, quand j'ai jammé au Rock'n'roll Fantasy Camp avec Jack Bruce (Cream), j'ai pleuré en regardant la vidéo ! C'est d'ailleurs pour cela que j'adore le Rock'n'roll Fantasy Camp : parce que cela me permet de rencontrer les personnes qui m'ont influencé. Car il ne faut jamais oublier qu'il y a toujours quelqu'un de meilleur que soi !


Justement, peux-tu me parler de ce fameux Rock'n'roll Fantasy Camp, dont le concept, si j'ai bien compris, est de permettre à tout un chacun de s'inscrire et de jammer pendant un, deux ou trois jours avec des rock stars ?

Oui, les gens découvrent ce que c'est d'être dans un groupe. Ils n'y a pas d'exigence minimale au niveau musical, donc c'est aussi un challenge d'arriver à quelque chose lorsque que tu coaches une équipe, comme je l'ai fait ! C'est un super concept pour les gens et aussi pour moi : on rencontre beaucoup de stars.


Enfin, j'en viens au sujet Kiss pour te poser une question dont je n'ai pas trouvé la réponse sur internet : en 2002, lorsque Ace Frehley a de nouveau quitté Kiss, pourquoi n'as-tu pas réintégré le groupe ?

Il y a une réponse très claire à cette question. Tu sais, les gars de Kiss ont toujours voulu que Ace joue avec eux. Mais il y a eu une période où il était un peu “sauvage” et avait tendance à donner l'impression qu'il allait rater des shows... Du coup, Tommy Thayer, qui avait joué dans un tribute band de Kiss, devait se tenir prêt, habillé en costume de Ace, au cas où celui-ci ne viendrait pas jouer. Comme une doublure. Et c'est d'ailleurs arrivé quelques fois que Tommy devienne Ace pour des concerts privés, en Jamaïque ou autre, où Ace a refusé d'aller. Ca n'était pas officiel, mais c'étaient des concerts privés de toute façon. Et quand Ace est parti, c'était évident pour eux de demander à Tommy. Je sais qu'ils ont parlé de moi mais personne ne m'a approché. Et honnêtement, même si ça peut me manquer de ne plus être dans le groupe, ça ne me manque pas de devoir être dans la peau de Ace, dans son rôle, de m'habiller comme lui, de jouer comme lui. Tommy fait ça très bien et comme en plus il était déjà là, c'était naturel de lui demander à lui lorsque Ace est parti.

Ceci dit, c'est une question légitime, car je sais que beaucoup de fans se demandent ce qui s'est passé à ce moment-là, si on m'a proposé le job et que je l'ai refusé. Par contre, je serais vraiment fâché s'ils enlevaient le maquillage et décidaient de faire une tournée Revenge sans me demander de les rejoindre ! Mais je n'ai aucun problème avec ce qu'ils font maintenant et on s'entend vraiment tous très bien.


Dernière question : si tu pouvais changer une chose dans ta carrière, qu'est-ce que ce serait ?

J'aurais adoré pouvoir chanter comme Paul Stanley ou Robert Plant, par exemple. Mais je n'ai pas à me plaindre de ma carrière.




Track by Track avec Bruce Kulick :

  1. Fate

Au niveau des paroles, c'est ma façon de dire que je n'ai pas à vivre dans l'ombre de quiconque. Tu sais, c'est difficile d'entrer dans un groupe comme Kiss, qui a déjà une histoire chargée. Je me demandais si j'y arriverais, et même s'il y a toujours des fans qui ont découvert Kiss avec moi – et donc pour qui j'étais le guitariste “originel” –, j'avais tout de même besoin de m'affirmer et de dire : je suis là et j'en suis fier ! Musicalement, c'est une chanson heavy, et c'était le but de choper les gens à la gorge dès le premier morceau avec quelque chose de punchy. Un peu différent du reste, mais la bonne attitude pour la première chanson.


  1. Ain't Gonna Die (featuring Gene Simmons)

On en a déjà parlé tout à l'heure, mais je précise encore que ça s'est fait vite : on a fini les paroles et Gene a directement enregistré ses vocaux le même jour. Ca a d'ailleurs été filmé dans “Family Jewels” (émission de télé réalité à la The Osbournes mais sur Gene Simmons et famille, NDR).


  1. No Friend Of Mine (featuring John Corabi)

On a déjà parlé de l'esprit torturé de John, mais je précise que j'adore ce morceau qui sonne énorme. Pour les fans de Kiss, je dirais que “Revenge” est certainement l'album de Kiss qui a le meilleur son de la période sans maquillage. “Carnival of Souls” était intéressant également, mais il ne sonnait pas aussi bien. Avec Jeremy, nous avons donc pris “Revenge” comme référence pour BK3 et je pense que nous y sommes arrivé. Enfin, pour en revenir à cette chanson, je dirais que les vocaux de John sont parmi les meilleurs qu'il ait jamais enregistrés.


  1. Hand of the King (featuring Nick Simmons) 

Nick, qui est le fils de Gene Simmons, est en train de devenir une star aux States. Il va surprendre beaucoup de monde, notamment avec sa voix qui est encore plus grave que celle de Gene. Les paroles font allusion à un domaine qu'il apprécie, à savoir la science-fiction, mais assez sombre. Ah, et je relève que le solo est joué avec une Ibanez PS10, un modèle signature Paul Stanley de 1979.


  1. I'll Survive

Sur celle-ci, je voulais une production à la Pink Floyd / Beatles. Concernant l'histoire, je me suis fait tirer dessus en octobre 2003 sur Sunset Boulevard par un gars qui sortait du Rainbow et qui voulait en découdre avec un agent de sécurité. Il est allé chercher un flingue dans sa bagnole, mais il était tellement bourré qu'il ne savait pas où il tirait et c'est moi qui était au coin de la rue qui ai pris une balle dans la jambe et une autre qui m'a touché à la tête. J'aime le son de cette chanson qui sonne à la Pink Floyd. J'ai joué de la basse dessus, en imaginant comment Paul McCartney l'aurait fait, et la guitare à la Gilmour. C'est très seventies et j'en suis très content.


  1. Dirty Girl (featuring Doug Fieger)

C'est une chanson joyeuse et agressive à la fois. Les paroles sont une allusion à ces stars à la Paris Hilton qui ont tout et qui ne sont jamais satisfaites.


  1. Final Mile

Celle-ci n'a presque pas été sur l'album parce qu'on n'était pas satisfaits des paroles. On adorait la musique mais on n'y arrivait pas avec les paroles. Pour finir on y est arrivé, mais je n'étais sûr de pouvoir la chanter... Et au final tout s'est mis en place encore mieux qu'on pouvait l'espérer !


  1. I'm The Animal (featuring Tobias Sammet & Eric Singer)

On ne se connaissait pas super bien avec Tobias, mais on a eu beaucoup d'échanges de mails. Et j'adore sa voix, à la Dickinson, Dio. Il a fait un super boulot.


  1. And I Know

A l'origine, c'était une petite ballade, du genre “je vais promener mon chien le matin avec les fleurs et les petits oiseaux qui chantent”. Et j'ai réalisé que c'était pas terrible... Du coup, la chanson parle de quand tu crois connaître une fille et qu'au final tu vois son vrai visage et que tu lui dit de se casser : j'ai changé une chanson d'amour en une chanson de rupture (traduction imparfaite de “I turned a love song into a fuck you song”, NDR). Musicalement, c'est de la power pop que je peux chanter. Je l'aime beaucoup.


  1. Between The Lines (featuring Steve Lukather)

Peut-être que les fans de Kiss n'accrocheront pas au jeu de Luke, mais mes amis musiciens étaient scotchés de ce qu'il fait ici. D'ailleurs, j'ai l'impression que cette chanson me permet également de garder un pied dans “Guitar Player Magazine”.


  1. Life

Cette chanson me voit aborder les grands thèmes de la vie, comme la foi, les rêves, le destin, l'amour. Autant dire que les paroles ont été très difficiles à écrire. Mais elle signifie beaucoup pour moi qui aime beaucoup des gens comme Tom Petty, Bob Dylan ou surtout George Harrison qui ont écrit des choses formidables. J'ai même acheté un livre intitulé “Purpose Driven Life” pour m'aider. Musicalement, ma référence sur cette chanson était notamment “Love is all”, avec l'idée d'une sorte de carnaval, avec des des cordes, du ukulélé, ou encore des violons à la fin.




FICHE CD 

Nom de l’album : « BK3 »

Label : Frontiers

Website : www.kulick.net


Gilles Simon Photographies