Voilà trop longtemps qu'aucune scène suisse n'avait eu l'honneur d'être foulée par les légendaires allemands de Scorpions. Cette faute de goût inexcusable a heureusement été réparée le 23 octobre 2009 par les organisateurs de l'AVO Session Basel. Daily Rock a eu l'honneur de rencontrer avant le concert Klaus Meine (chant), Rudolf Schenker et Matthias Jabs (guitares).




Vous sortez le 20 novembre 2009 un nouveau DVD intitulé “Amazonia – Live in the jungle” : pouvez-vous nous en parler ?

Klaus Meine : Oui ! Nous avons coopéré avec Greenpeace durant les deux dernières années au Brésil. En particulier pour les shows que nous avons donné en 2007 puis en 2008 à Manaus, au milieu de la jungle amazonienne. Nous avons alors eu l'occasion de voler au-dessus de la forêt tropicale. C'était fascinant et dérangeant de voir d'un côté la beauté de la forêt tropicale lorsqu'elle est intacte et, de l'autre côté, tout ce qui a été détruit et brûlé depuis des années. Nous avons donc soutenu Greenpeace dans la lutte contre la déforestation lors de nos concerts et, maintenant, également par le biais de ce nouveau DVD. (NDR : en l'occurrence, ce DVD comporte le show complet donné le 7 septembre 2008 à Recife, cinq vidéos du concert de Manaus de 2007 ainsi qu'un documentaire de Greenpeace sur le vol de Scorpions au-dessus de la forêt amazonienne).


Vous êtes actuellement également en train de travailler sur un nouvel album, plus précisément même en train de l'enregistrer : à quoi peut-on s'attendre ?

Rudolf Schenker :Ca n'est pas facile de parler de musique... En fait, il faudrait laisser la musique parler d'elle-même. Mais il s'agira d'un album typique de Scorpions, très rock, très rentre-dedans.


D'ailleurs, il semble que vous ayez déclaré que vous souhaitiez effectuer un retour aux racines, à votre son du début des eighties : qu'en est-il ?

Rudolf Schenker : En fait, c'est très difficile car quand tu enregistres tout en digital, tu commences déjà à produire différemment. Et c'est ce que nous sommes en train d'essayer de faire : enregistrer en digital tout en essayant que ça sonne comme le son “classique” de Scorpions.

Matthias Jabs : Les gens qui ont pu écouter ce que nous avons enregistré jusqu'à maintenant disent que ça sonne “très frais”, ce qui est un bon point !


Est-ce que vous travaillez par internet avec James (Kottak, le batteur, qui est américain, NDR) ?

Rudolf Schenker : Non, il vient ici. On y a réfléchi, à enregistrer les parties de batterie sur un autre continent et à les envoyer par internet... Mais on ne croit pas trop à ça : on a besoin d'être près les uns des autres pour voir si tout fonctionne. Le rock'n'roll a besoin d'une certaine complicité, de proximité.


Justement, j'ai assisté à votre balance tout à l'heure et j'ai été surpris de vous voir tout à coup tous vous mettre à discuter d'un nouvel enchaînement entre les chansons : vous essayez des nouvelles choses même juste avant les concerts ?.

Klaus Meine : On essaie juste de se préparer pour le soir-même et il y a toujours des petites choses à régler. Chacun de nous pense à améliorer les choses, voire à reprendre des choses qui avaient bien fonctionnées lors du concert précédent.

Matthias Jabs : Dans les deux dernières semaines, nous avons fait deux concerts complètement différents : le premier avec un orchestre – ce que nous n'avions plus fait depuis longtemps – et l'autre intitulé “A Night to Remember” avec Uli Jon Roth et Michael Schenker. Du coup, ce sont des set lists totalement différentes et ce ne sont pas toujours les mêmes chansons qui se succèdent. Nous devons donc forcément adapter nos enchaînements...


Vous jouez ce soir à l'AVO Session, une salle avec des tables et des chaises : avez-vous déjà joué dans une telle configuration ?

Rudolf Schenker : Oui, on l'a fait une fois, à Londres, pour une histoire d'Awards ou quelque chose comme ça..

Klaus Meine : C'est un peu comme à Vegas. Ca n'est pas typiquement un environnement rock'n'roll, mais... on est préparés (rires collectifs) !


Et peut-on espérer vous voir bientôt en Suisse, dans une salle plus grande ? L'année prochaine ?

Tous les trois : On adorerait ça !

Klaus Meine : Oui, le Hallenstadion, par exemple...

Rudolf Schenker : Notre nouvel album paraîtra en mars 2010 et nous prévoyons une tournée mondiale de deux ans. Nous savons que vous avez des douaniers qui travaillent 24 heures sur 24, mais nous espérons qu'ils nous laisserons entrer en Suisse !


Oui, espérons-le, parce que ça fait longtemps que vous n'êtes plus venus... Et vous avez toujours un public, comme le démontre le succès incroyable de votre concert donné à guichet fermés ce début d'année à l'Axone de Montbéliard...

Klaus Meine : Ce qui est aussi incroyable, c'est quand tu vois combien de jeunes viennent à nos concerts !


Et à quoi attribuez-vous ce succès dans la durée ?

Klaus Meine : La seule explication, c'est la musique ! En plus, aujourd'hui, Internet permet cette connexion entre les artistes et les fans. Je ne sais pas comment ça va se dérouler ce soir, mais lors d'un show “normal”, dès le lendemain, tu as au mimimum trois ou quatre chansons sur Youtube. Et si tu as donné un bon show, tu as des gens dans le monde entier qui voient ces vidéos et qui se disent : “ça, c'est un bon groupe et quand ils viendront dans mon pays ou ma ville, j'irai les voir”. A l'inverse, s'ils n'aiment pas ce qu'ils voient... pas de chance !

Rudolf Schenker : Ca provient aussi de notre attitude. Si tu prends beaucoup de groupes des eighties, ils deviennent de meilleur en meilleur en tant que musiciens, mais ils perdent l'attitude. Ils se disent “ok, j'ai déjà joué ici, ici aussi” et font ça comme une routine. Pour nous, un concert n'est jamais une routine. Nous fixons notre concentration sur le concert depuis notre arrivée dans la ville, on s'imprègne de l'atmosphère, ce qui crée en nous cette vibration que les gens ressentiront à leur tour pendant le concert. Car les gens sentent l'énergie que tu dégage.

Klaus Meine : Quand c'est quelque chose de spécial comme l'AVO Session, on sait que c'est un festival “prestigieux”. Et même si ça n'est pas spécifiquement rock'n'roll, on regarde les noms à l'affiche durant le festival et on a envie de donner le meilleur de nous-mêmes. Tu vois, pour nous c'est un challenge, un concert comme ça. Et c'est fun.


C'est cette capacité à toujours vous amuser qui vous a permis de toujours continuer, de ne jamais baisser les bras ?

Klaus Meine : Oui, on a toujours pris du plaisir. Vivre son rêve est un privilège. Et les jours où on pourrait se lever de mauvaise, il y a toujours un moment dans la journée où on réalise la chance qu'on a de faire ce qu'on fait. Typiquement, on est tout excités à l'idée d'enregistrer notre nouvel album : tu te rends compte, après toutes ces années, nous sommes encore tout excités à l'idée de faire un album. C'est génial !


Gilles Simon Photographies